Lecture de “The zero marginal cost society: The internet of things, the collaborative commons and the eclipse of Capitalism” de Jeremy Rifkin (Avril 2014)

Auteur : Jean-Max Noyer  Extraits traduits par JM Noyer du Grico / noyer@grico.fr

Alors qu’est publiĂ© en français, presque simultanĂ©ment, le livre de Saski Sassen “Expulsions. Brutality and Complexity in the Global »[1], et que le livre de Thomas Piketty a le succĂšs que l’on sait[2],   et aprĂšs « The Third Industrial Revolution: How Lateral Power Is Transforming Energy, the Economy, and the World,[3] Jeremy Rifkin dans son dernier ouvrage poursuit donc sa rĂ©flexion prospective  et vient de publier : “The zero marginal cost society: The internet of things, the collaborative commons and the eclipse  of Capitalism” [4] . Il y affirme que l’ùre du capitalisme est en train de s’effacer  et ce, de maniĂšre inĂ©luctable, inĂ©vitable.

Il y a selon lui, une nĂ©cessitĂ© Ă  cela et cette nĂ©cessitĂ© est inscrite dans le dĂ©veloppement sans retour de l’Internet des objets,[5] dĂ©veloppement qui est en train de donner naissance Ă  un nouveau systĂšme Ă©conomique, Ă  une nouvelle Ă©conomie politique, “the collaborative commons”, qui va transformer notre mode de vie.

Le livre qui se compose de 5 parties et 14 chapitres, se veut comme le grand rĂ©cit du basculement vers un monde nouveau, basculement du grand marchĂ© capitaliste des organisations molaires et massivement centralisĂ©es vers le monde des “communs collaboratifs” (Collaborative Commons).

Les cinq parties sont les suivantes: a) The untold History of Capitalism b) The Near Zero marginal cost society  c)  The rise of collaborative commons d) Social capital and the Sharing Economy e) The economy of abondance. Nous insisterons sur  certains chapitres qui condensent avec le plus de force la rĂ©flexion prospective de Rifkin. Nous insĂ©rerons aussi quelques commentaires et rĂ©fĂ©rences Ă  des travaux plus ou moins proches de l’effort de Rifkin afin d’introduire la possibilitĂ© de la diffĂ©rence dans le “travail” des notions et des concepts, des thĂšses et des postulats, des affirmations plus ou moins dogmatiques,

  • Dans ce livre, plus dense que les prĂ©cĂ©dents, Mr Rifkin affirme que la venue simultanĂ©e au XXI siĂšcle de l’internet comme systĂšme de communication couplĂ© Ă  une infrastructure Ă©nergĂ©tique et logistique sous la forme d’un rĂ©seau sans couture intelligent (l’internet des objets), permet de stimuler la productivitĂ©, au point de mener la production des services et des objets Ă  un coĂ»t marginal proche de zĂ©ro.

Le rĂ©sultat est selon Rifkin que les profits sont en train de se tarir, que les droits propriĂ©taires s’affaiblissent et que la place  centrale de la raretĂ© au coeur de l’approche classique doit peu Ă  peu s’effacer devant la possibilitĂ© d’une sociĂ©tĂ© d’abondance.

  •  Le livre approfondit les thĂšses et points de vue propectifs dĂ©jĂ  exprimĂ©s prĂ©cĂ©demment en particulier pour le lecteur français dans les ouvrages suivants:   La Fin du travail (1997), Le siĂšcle biotech : le commerce des gĂšnes dans le meilleur des mondes (1998),  L’Ăąge de l’accĂšs : la vĂ©ritĂ© sur la nouvelle Ă©conomie, (2000), L’Ă©conomie hydrogĂšne : aprĂšs la fin du pĂ©trole, la nouvelle rĂ©volution Ă©conomique (2002),  Une nouvelle conscience pour un monde en crise : Vers une civilisation de l’empathie (2011), La troisiĂšme rĂ©volution industrielle. Comment le pouvoir latĂ©ral va transformer l’Ă©nergie, l’Ă©conomie et le monde (2012).
  • Pour Jeremy Rifkin  “Les trois infrastructures critiques qui constituent l’Internet des Objets ont en commun un travail de gestion similaire. Contrairement Ă  la plupart des Commons traditionnels, dont la politique se soucie en prioritĂ© des ressources physiques afin d’éviter une rĂ©duction des stocks, les infrastructures des « commons » de l’ùre collaborative, doivent prendre en charge des « questions temporelles » pour  Ă©viter leur dysfonctionnement. L’Internet de Communication doit s’autorĂ©guler pour faire face Ă  l’excĂšs de donnĂ©es dans la transmission de l’information, l’Internet de l’Energie doit Ă©viter l’engorgement dans la gestion des Ă©carts de consommation d’électricitĂ© et maintenir un Ă©quilibre convenable entre le stockage de l’énergie et la transmission d’électricitĂ©â€ (P.220)
  • La tendance du coĂ»t marginal Ă  tendre vers zero, conduit Ă  une nouvelle Ă©conomie hybride, Ă  la fois Ă©conomie de marchĂ© et Ă©conomie “collaborative et fondĂ©e sur des Communs” (Collaborative Commons) avec des effets considĂ©rables  pour l’ensemble de la sociĂ©tĂ©.
  •  Les chapitres 5 et 6 traitent respectivement et principalement de l’Internet des objets, de l’énergie gratuite, disponible et de l’Impression 3D[6] ouvrant vers une “Micro-Info Facturing”[7]. Cette technologie est selon Jeremy Rifkin, la promesse d’une production totalement distribuĂ©e et fragmentĂ©e pour une large part, des millions d’individus devenant des “prosumers”  produisant et Ă©changeant [8] les objets, les artefacts dont ils ont besoin ou envie, et ce Ă  la maniĂšre dont on crĂ©e aujourd’hui son information et dont on la partage. Il prĂ©cise l’aspect vĂ©ritablement rĂ©volutionnaire de l’impression 3D, qui “d’une culture amateur va nous conduire Ă  un nouveau paradigme Ă©conomique portĂ©e par une «Makers Infrastructure”. Ce dĂ©veloppement va engendrer des pratiques commerciales  nouvellesdont l’efficacitĂ© et la productivitĂ© nous tirent vers un coĂ»t marginal voisin de zĂ©ro dans la production et la distribution des biens et des services- rendant plus facile la sortie de la pĂ©riode capitaliste et pour entrer dans  l’Ăšre de collaborative” .(99) Cette hypothĂšse (qui est celle aussi soutenue par Chris Anderson)[9]mĂ©riterait d’ĂȘtre nuancĂ©e, en examinant ses consĂ©quences en terme de la consommation Ă©nergĂ©tique globale, en interrogeant aussi le caractĂšre automatique annoncĂ©e de le gĂ©nĂ©ralisation du modĂšle productif molĂ©culaire [10]ainsi que sa traduction, sa conversion  en de nouveaux modes dĂ©mocratiques de sociĂ©tĂ© ouverte.
  • Le chapitre 12, (The struggle to define and control the intelligent infrastructure) dĂ©veloppe les lignes de force par oĂč sortir des enfermements socio-cognitifs autant que socio-Ă©conomiques. “Le modĂšle capitaliste de propriĂ©tĂ© privĂ©e, dans lequel chaque firme est une Ăźle repliĂ©e sur elle-mĂȘme, et essaie de se constituer une activitĂ© Ă©conomique verticalement sous un seul toit pour rĂ©aliser des Ă©conomies d’échelle, est incapable, en raison de ses contraintes opĂ©rationnelles, de gĂ©rer des activitĂ©s qui demandent l’active participation de milliers d’intervenants pour des opĂ©rations organisĂ©es latĂ©ralement.”  Et poursuit Jeremy Rifkin “faute d’avoir confiĂ©e sa gestion au “Commons” appropriĂ©, chaque firme va s’efforcer d’optimiser son propre flux temporel au dĂ©triment des autres, ce qui provoquera un plus grand engorgement du rĂ©seau et une perte de ses capacitĂ©s opĂ©rationnelles, ce qui affectera en fin de compte, toutes les compagnies du systĂšme et aura pour rĂ©sultat la tragĂ©die qui accompagne un Commons non gĂ©rĂ©. Ces types de coĂ»t qui accompagnent l’Internet de la Communication, l’Internet de l’Energie, et l’Internet de la Logistique ne sont tout simplement pas rĂ©alisables dans une Ă©conomie de marchĂ© pure, oĂč chaque compagnie joue son propre jeu. Aucune compagnie, quelle que soit son ambition, ne peut espĂ©rer s’engager dans des fusions-acquisitions qui lui permettraient l’efficacitĂ© et les gains de productivitĂ© dĂ©coulant des « Commons distribuĂ©s, enchevĂȘtrĂ©s, au fort pouvoir latĂ©ral »
  •  Cela conduit entre autre Jeremy Rifkin Ă  mettre en Ă©vidence la “Renaissance des coopĂ©ratives”[11]  dans le monde et en particulier dans des pays qui sont Ă  la frontiĂšre des pays Ă©mergents ou qui sont encore dans les limbes violents des Ă©conomies de marchĂ© Ă  la fois primitives, instables et pourtant en voie d’ĂȘtre intĂ©grĂ©es bon grĂ© malgrĂ©, dans le mouvement de la mondialisation, tels l’Egypte ou le Paskistan. Cette mise en Ă©vidence est aussi une incursion (une fois n’est pas coutume)  dans l’histoire politique des coopĂ©ratives et ce plus prĂ©cisĂ©ment Ă  travers “The Rochdale Society” qui avait Ă©tabli sept rĂšgles et principes de “gestion des Commons”, rĂšgles qui allaient devenir un protocole standard pour les coopĂ©ratives. [12]
  • Cela l’amĂšne encore Ă  une rĂ©flexion intĂ©ressante sur les conditions nouvelles de la transmission des savoirs et la rĂ©forme des institutions qui y sont attachĂ©es.Le chapitre 7 (MOOCS and a zero marginal cost education, P. 109-133) est Ă  cet Ă©gard  interessant. Selon Rifkin, nous devons renoncer Ă  l’idĂ©e d’un savoir comme expĂ©rience privĂ©e et et ne plus concevoir l’acquisition du savoir sur la base des formes privĂ©es qui sont au fondement d’un milieu capitaliste hĂ©ritĂ©. Lorsque que l’on se trouve dans un Ăąge collaboratif massif, nous devons selon Rifkin considĂ©rer l’apprentissage comme procĂšs dynamique et collectif (crowdsourcing) et le savoir doit ĂȘtre conçu comme effet d’un partage public et productif…Pour Jeremy Rifkin il nous faut donc en particulier sortir de “l’approche rĂ©ductionniste de l’apprentissage du savoir qui caractĂ©risait une Ăšre industrielle basĂ©e sur des phĂ©nomĂšnes d’isolement et de privatisation (et mettre en place) une expĂ©rience plus systĂ©mique de l’apprentissage, conçue pour comprendre les relations subtiles qui unissent les phĂ©nomĂšnes en de grands ensembles”. Ainsi remarque-t-il , “dans les nouveaux environnements Ă©ducationnels du monde, prĂ©pare-t-on  les Ă©tudiants Ă  vivre dans le Commons de  la biosphĂšre.” Ainsi encore “de plus en plus de programmes mettent l’accent sur le profond attachement de notre espĂšce Ă  la nature, etles Ă©tudiants  face aux diverses formes de vie des grands ocĂ©ans et de la terre et leur apprennent  les dynamiques des Ă©cosystĂšmes, et les aident Ă  rĂ©dĂ©finir  l’expĂ©rience humaine nĂ©cessaire Ă  la  vie afin de  respecter les exigences de la biosphĂšre”.(P.113) Pour lui, “ ces initiatives Ă©ducationnelles, et d’autres encore, transforment l’expĂ©rience de l’apprentissage: nous passons d’une expĂ©rience centrĂ©e sur un monde fermĂ© de relations entre propriĂ©tĂ©s privĂ©es, Ă  un monde qui prĂ©pare les Ă©tudiants Ă  vivre dans les commons ouverts de l’espace virtuel, de la place publique, et de la biosphĂšre”. (P. 113) Et il poursuit: “la rĂ©volution de l’Internet, dont le pouvoir “de pair Ă  pair”, distribuĂ©, participatif, commence Ă  abattre les murs de bastions qui auparavant nous semblaient invincibles, a commencĂ© Ă  dĂ©chaĂźner toute sa fureur contre la communautĂ© universitaire (…) La force de ce mouvement , cette lame de fond prend (cependant)  sa source au sein mĂȘme de cette communautĂ© et ce tsunami est alimentĂ© par le mĂȘme combustible qui abat bastion aprĂšs bastion – Ă  savoir la logique implacable d’une rĂ©volution technologique aux multiples facettes qui ramĂšne les coĂ»ts marginaux proche de zĂ©ro — chaque fois qu’il y a quelque vulnĂ©rabilitĂ© Ă  exploiter. (P114) [13]
  • On  peut voir lĂ  une maniĂšre de prendre la file de la rĂ©flexion d’ Ivan Illich, en tous cas de sentir dans l’éclatement et la transformation en cours des modes de production des savoirs, de leur circulation, de sentir dans l’encylopĂ©disme en Ă©clat [14]qui est notre futur et des nouvelles maniĂšres d’écrire, de mĂ©moriser, dans les nouvelles grammaires d’expression et dans le creusement des rĂ©gimes sĂ©miotiques  la promesse  de voir Ă©merger des conditionsfavorables, ici et lĂ ,  à de nouvelles intelligences collectives. Ces intelligences collectives engageant de nouvelles critĂ©riologies d’évaluation.[15] On se souvient qu’Ivan Illich pour suivre ici le rappel de Jean Robert et Thierry Paquot, « lança l’avertissement suivant : au-delĂ  de certains seuils, la production de services peut s’avĂ©rer encore plus destructrice pour la culture que la production de biens matĂ©riels ne l’a Ă©tĂ© pour la nature. Alors que le Club de Rome avait Ă©tabli que la production matĂ©rielle des sociĂ©tĂ©s industrielles rompt l’équilibre naturel, Illich argumentait qu’au-delĂ  de certains seuils, les services corrompent, comme une drogue, la sociĂ©tĂ© et la culture. Dans les trois livres qu’il Ă©crivit pour le dĂ©montrer, Une sociĂ©tĂ© sans Ă©cole (1971), Énergie et Ă©quitĂ© (1973) et NĂ©mĂ©sis mĂ©dicale (1975), il traita donc successivement de la croissance des trois principaux secteurs de services de la sociĂ©tĂ© industrielle : l’éducation, le transport de personnes et la mĂ©decine. Il y dĂ©crivit leur inĂ©vitable contre-productivitĂ© lorsque certains seuils sont dĂ©passĂ©s12. Cet avertissement et les trois livres qui l’illustrent constituent l’essentiel de la critique d’Illich contre l’économie industrielle » Et Jean Robert et Thierry Paquot de rappeler encore que  « les dĂ©bats du Cidoc de Cuernavaca dĂ©bouchĂšrent naturellement sur une critique radicale des professions et de l’ethos qui les justifiait. Ils Ă©tablirent qu’au-delĂ  de certains seuils, le pouvoir des docteurs ne peut pas s’accroĂźtre sans nier les capacitĂ©s curatives ancrĂ©es dans les traditions et les cultures : ce pouvoir dĂ©valorise toutes les formes de mĂ©decine domestique comme les tisanes et les compresses que savaient prĂ©parer les tantes et les grands-mĂšres. Quant aux pĂ©dagogues, leurs pouvoirs ne peuvent s’étendre qu’en dĂ©prĂ©ciant les savoirs transmis Ă son apprenti par un artisan et en ridiculisant l’autodidacte. Pour ce qui est des ingĂ©nieurs en transports, ils ne peuvent justifier les rĂ©seaux tentaculaires dont ils Ă©touffent les villes que parce que les services qu’ils offrent mettent la plupart des destinations des habitants de celles-ci hors d’atteinte de leurs pieds et du rayon d’action des bicyclettes. Les docteurs sont devenus des biocrates, les professeurs des gnosocrates, les ingĂ©nieurs des technocrates ».
  • Pour fonctionner Ă©crit encore Rifkin, “toute sociĂ©tĂ© a besoin de moyens de communication, d’une source d’énergie, et d’une forme de mobilitĂ©. La rĂ©union de l’Internet de la Communication, de l’Internet de l’Energie et de l’Internet de la Logistique dans un Internet des Objets fournit le systĂšme nerveux cognitif et les moyens physiques pour intĂ©grer l’humanitĂ© entiĂšre dans un Commons global interconnectĂ© qui s’étend sur l’ensemble de la sociĂ©tĂ©. C’est lĂ  ce que nous voulons dire quand nous parlons de villes intelligentes, de rĂ©gions intelligentes, de continents intelligents et de planĂšte intelligente”.
  • Selon lui nous nous trouvons dĂšs Ă  prĂ©sent, face un phĂ©nomĂšne ou des centaines de millions de personnes ont transfĂ©rĂ© ou transfĂ©rent une partie de leur vie Ă©conomique des marchĂ©s capitalistes vers les ” collaborative Commons”. (Voir Chapitre 9 “The ascent of the prosumer and the built-out of the smart economy, P. 137 Ă  151). Ce qu’il appelle des ” Prosommateurs” –prosumers—fabriquent partagent leur propre information, leur propre mode de  divertissement, leur  Ă©nergie verte, et les produits imprimĂ©s 3D amĂšnent le coĂ»t marginal vers zĂ©ro. Ces “prosomaters” partagent aussi voitures, maisons, vĂȘtements et autres articles par l’intermĂ©diaire des sites des mĂ©dias sociaux, locations… et mettent en place des   coopĂ©ratives Ă  faible coĂ»t marginal ou proche lĂ  aussi de zĂ©ro.
  • Les Ă©tudiants s’inscrivent dans des cours en ligne ouverts libres ( MOOCs ) qui fonctionnent  aussi avec un coĂ»t marginal nul. Dans le monde que projettent de jeunes entrepreneurs dits sociaux se mettent en place des entreprises Ă  dimension Ă©cologique, utilisant le processus de “crowdfunding” ainsi que la crĂ©ation de monnaies alternatives. Dans ce nouveau monde, le capital social est aussi important que le capital financier, et l’accĂšs l’emporte sur la propriĂ©tĂ©, la coopĂ©ration remplace la compĂ©tition, et la «valeur d’Ă©change» dans le marchĂ© capitaliste est de plus en plus remplacĂ©e par “valeur partageable” des “Collaborative Commons”.

Telle est la vision renforcĂ©e de Rifkin qu’il a dĂ©jĂ  maintes fois exprimĂ©e dans “l’Age de l’accĂšs”[16] par exemple.

  • L’utopie concrĂšte de Rifkin s’appuie sur cette croyance argumentĂ©e que, bien que le capitalisme continue et va continuer Ă  accompagner nos vies, pour ce qui est d’un avenir proche, il jouera un rĂŽle de plus en plus rĂ©duit, jusqu’à n’ĂȘtre plus le paradigme Ă©conomique dominant dans la seconde moitiĂ© du 21e siĂšcle. Pour Rifkin nous entrons dans un monde “au-delĂ  des marchĂ©s” oĂč nous apprenons Ă  vivre ensemble au milieu des Commons. “Relier toute activitĂ© humaine Ă  un rĂ©seau mondial intelligent est en train de donner naissance Ă  un nouveau type Ă©conomique entiĂšrement nouveau. L’ĂȘtre ancien de la PremiĂšre et de la DeuxiĂšme RĂ©volution Industrielle comptait sur une matrice communication/Ă©nergie et une grille logistique qui demandaient d’énormes sommes de capital, et qui, de ce fait, devaient ĂȘtre organisĂ©es en entreprises Ă  intĂ©gration verticale sous commandement et contrĂŽle centralisĂ©s pour rĂ©aliser des Ă©conomies d’échelle. Le systĂšme capitaliste et les mĂ©canismes de marchĂ© se sont rĂ©vĂ©lĂ©s ĂȘtre les meilleurs outils institutionnels pour faire avancer le paradigme.
  • Le nouvel ĂȘtre de la TroisiĂšme RĂ©volution Industrielle, cependant, est d’une toute autre nature. Il nĂ©cessite moins de capital financier et plus de capital social, agit latĂ©ralement plutĂŽt que verticalement, et trouve sa meilleure application dans une gestion de Commons plutĂŽt que dans un mĂ©canisme de marchĂ© strictement capitaliste. Cela signifie que la survie du marchĂ© capitaliste dĂ©pendra de son aptitude Ă  trouver avantageux pour lui de vivre dans un monde oĂč les nouvelles efficacitĂ©s et productivitĂ©s rĂ©sident dans une sociĂ©tĂ© conçue pour ĂȘtre de plus en plus distribuĂ©e, ouverte, collaborative, et connectĂ©e Ă  un rĂ©seau. Si l’ancien systĂšme privilĂ©giait l’autonomie centrĂ©e sur elle-mĂȘme dans le marchĂ© capitaliste, le nouveau systĂšme qui est en train de voir le jour privilĂ©gie une intense collaboration Ă  travers le rĂ©seau des Commons. Dans l’ùre qui arrive, le partenariat que l’on a connu de longue date, entre gouvernement et secteur privĂ© pour organiser la vie Ă©conomique de la sociĂ©tĂ©, cĂšdera la place Ă  un partenariat tripartite dans lequel la gestion des Commons jouera un rĂŽle encore plus grand, que viendront complĂ©ter les forces des gouvernements et des marchĂ©s.”.

 



[1]Expulsions. Brutality and Complexity in the Global Economy,

de Saskia Sassen, Harvard University Press, « The Belknap Press », A paraßtre mai 2014

[2] Thomas Piketty, Le capital au XXIe siĂšcle, Edition du Seuil, 2013

[3]The Third Industrial Revolution: How Lateral Power Is Transforming Energy, the Economy, and the World, Palgrave Macmillan 201. La troisiĂšme rĂ©volution industrielle, comment le pouvoir latĂ©ral va transformer, l’énergie,l’économie et le monde, Editions LLL les liens qui libĂšrent, Paris 2012

[4]Jeremy Rifkin, The Third Industrial Revolution: How Lateral Power Is Transforming Energy, the Economy, and the World April 2014

[5]Voir sur ces points: http://www.grico.fr/tribunes/internet-des-hybrides/

http://www.ericsson.com/res/docs/whitepapers/wp-50-billions.pdf‹2) http://cdn.idc.com/research/Predictions12/Main/downloads/IDCTOP10Predictions2012.pdf 

Voir aussi SIGFOX et Anne Lauvergeon :  http://www.lesechos.fr/entreprises-secteurs/tech-medias/actu/0203466553463-sigfox-change-de-dimension-avec-anne-lauvergeon-667414.php

[6]Voir parmi un grand nombre d’articles, le numĂ©ro de « Pour la science » de FĂ©vrier 2014, « L’impression 3D , crĂ©er et fabriquer soi-mĂȘme tout objet ? »

[7]P. 89 Ă  108

[8]Voir plus loin les extraits tirés de André gorz, « « La personne devient une entreprise » (2001)

[9]Chris Anderson, Makers: The New Industrial Revolution, New York, 2012, et http://ecrans.liberation.fr/ecrans/2009/03/20/chris-anderson-a-l-avenir-chaque-entreprise-va-devoir-fabriquer-des-produits-gratuits_955281?page=article

[10]Il convient de noter par exemple que ce que l’on appelle la grande industrie est en train d’incorpore dans ses modĂšles molaires les technologies 3D et ce principalement en raison de la baisse consĂ©quente et attendue des coĂ»ts de production. Il en va aisi pour General Electric qui envisage produire 100 piĂšces d’avions par Impression 3D . Voir :  http://www.monunivers3d.com/996/

[11]P . 211 à 217

[12]« The Rochdale Principles », in Rochdale Pionners Museum, http://www.rochdalepionnersmuseum.coop/icaprinciples.html

 

[13]“Cela ne signifie en aucune façon que les structures universitaires traditionnelles disparaĂźtront – mais plutĂŽt que leur mission changera de façon radicale et que leur rĂŽle diminuera, victime de l’assaut des MOOCs. Actuellement, les administrations des universitĂ©s et des facultĂ©s se cramponnent encore Ă  l’espoir que les cours universitaires en ligne Ă  l’échelle mondiale attireront les Ă©tudiants vers une Ă©ducation rĂ©munĂ©ratrice plus conventionnelle. Il leur reste encore Ă  prendre pleinement conscience du fait que le coĂ»t marginal de l’éducation voisin de zĂ©ro dans le Commons virtuel mondial qu’ils crĂ©ent eux-mĂȘmes, deviendra de plus en plus le nouveau paradigme pour les Ă©tudes supĂ©rieures, tandis que l’enseignement bĂąti jouera finalement un rĂŽle de supplĂ©ment de plus en plus Ă©troit et limitĂ©â€. (P115)

[14] Jean-Max Noyer, L’encyclopĂ©disme en Ă©clats L’édition scientifique numĂ©rique face aux nouvelles mĂ©moires et intelligences en procĂšs, Edition Hermes Lavoisier, 2010

 

[15] Bernard Stiegler La Technique et le temps, tome 2 :La DĂ©sorientation, 1996 et La Technique et le Temps, tome 3 : Le Temps du cinĂ©ma et la Question du mal-ĂȘtre Les analyses de Bernard Stiegler sont de ce point de vue trĂšs intĂ©ressantes et viennent nuancer les thĂšses Ă©noncĂ©es par Michel Serres et Pierre levy , thĂšses portĂ©es par un souffle presque messianique.  (L’École, le numĂ©rique et la sociĂ©tĂ© qui vient, avec Denis Kambouchner, Philippe Meirieu, Julien Gautier, Guillaume Vergne, Fayard/Mille et une nuits, 2012)

[16]The Age Of Access: The New Culture of Hypercapitalism, Where All of Life is a Paid-For Experience, Putnam Publishing Group2000.  L’Ăąge de l’accĂšs : la vĂ©ritĂ© sur la nouvelle Ă©conomie, La DĂ©couverte, Paris 2000

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Commentaires critiques sur le travail de Jeremy Rifkin et plus particuliĂšrement sur l’ouvrage “la TroisiĂšme RĂ©volution Industrielle”.

  • “La troisiĂšme rĂ©volution industrielle des villes n’est pas pour demain” par Josselin Thonnelier.  http://www.urbanews.fr/2013/10/17/36357-troisieme-revolution-industrielle-villes-nest-pas-demain
  • Le scĂ©nario NegaWatt en 10 points-clĂ©s. : http://www.negawatt.org/scenario/methodologie Le scĂ©nario se caractĂ©rise par « une politique trĂšs volontariste de sobriĂ©tĂ© et d’efficacitĂ© Ă©nergĂ©tiques diminue la demande en Ă©nergie primaire de plus de 65 % en 2050 par rapport Ă  la situation en 2010 : l’exploitation du « gisement de nĂ©gaWatts » permet de faire presque les 2/3 du chemin ! MalgrĂ© cette rĂ©duction, un haut niveau de services Ă©nergĂ©tiques est maintenu pour les besoins de chaleur, de mobilitĂ© et d’électricitĂ© spĂ©cifique. Un recours prioritaire aux Ă©nergies renouvelables (90 % des ressources Ă©nergĂ©tiques de la France en 2050, rĂ©partis en une dizaine de filiĂšres) assure Ă  la fois la sĂ©curitĂ© d’approvisionnement et une vĂ©ritable indĂ©pendance Ă©nergĂ©tique. Une gestion coordonnĂ©e des rĂ©seaux de gaz, d’électricitĂ© et de chaleur permet de rĂ©pondre Ă  tout instant aux besoins et d’assurer l’indispensable Ă©quilibre offre-demande en puissance du systĂšme Ă©lectrique. La fin des « fossiles faciles » est anticipĂ© Ă  l’approche des pics pĂ©trolier et gazier. Leur utilisation se limite Ă  la pĂ©trochimie et aux matiĂšres premiĂšres industrielles, ainsi qu’à quelques usages trĂšs spĂ©cifiques tels que l’aviation. Le systĂšme Ă©nergĂ©tique est presque totalement exempt d’émissions de carbone malgrĂ© un arrĂȘt maĂźtrisĂ© et cohĂ©rent de toute production d’électricitĂ© nuclĂ©aire en 2033… Par rapport Ă  2010 les Ă©missions de CO2 sont divisĂ©es par 2 en 2030 et de l’ordre de 15 en 2050. Les Ă©missions cumulĂ©es de CO2 sur la pĂ©riode 2011-2050 sont conformes au poids dĂ©mographique de la France dans une logique d’équitĂ© mondiale, et compatibles avec l’objectif de limiter la hausse moyenne de la tempĂ©rature sur Terre en dessous de 2°C d’ici 2100.

L’usage Ă©quilibrĂ© des sols respecte l’ordre des prioritĂ©s alimentation →biodiversitĂ© → matĂ©riaux → Ă©nergie, malgrĂ© une relocalisation importante de l’industrie et une contribution de la biomasse Ă  hauteur de 50 % des besoins Ă©nergĂ©tiques totaux.

Une France s’avance vers l’autonomie et la dĂ©mocratie Ă©nergĂ©tiques, crĂ©ant des centaines de milliers d’emplois durables, redonnant aux territoires et Ă  leurs acteurs une place centrale dans notre paysage Ă©nergĂ©tique. Et qui prend enfin toute une part exemplaire dans la rĂ©solution des crises de l’énergie et du climat.

 

Pour mettre en perspective l’ouvrage de Jeremy Rifkin et inscrire son travail dans une histoire plus complexe

  • Pour commencer, il nous paraĂźt utile de renvoyer au travail, nous l’avons dĂ©jĂ  indiquĂ©,  d’Ivan Illich de convoquer Ă  nouveau  ses thĂšses, de faire travailler ses notions et concepts. Cela nous semble du plus grand interĂȘt car les rĂ©flexions d’Illich ne se sont pas dĂ©veloppĂ©es sous le diktat du “nouveau technique numĂ©rique”. Cela devrait nous inciter Ă  plus de nuance et de prudence quant Ă  l‘importance donnĂ©e de maniĂšre gĂ©nĂ©rale, aux “utopies concrĂštes” qui projettent au devant d’elles-mĂȘmes un monde sans anthropologie politique,  sans processus d’altĂ©ration-crĂ©ation, un monde de devenirs pacifiĂ©s. (Voir en particulier à : ActualitĂ© d’Ivan Illich :  Introduction. Monument ou chantier ? L’hĂ©ritage intellectuel (Robert Jean et Paquot Thierry) (2010)

http://www.esprit.presse.fr/archive/review/article.php?code=35750

  • Il nous semble aussi important de rappeler la rĂ©sonnance du travail d’Illich  avec l’Anti-Oedipe de Gilles Deleuze et Felix Guattari. “On pourrait croire que la diffĂ©rence entre les machines sociales techniques et les machines dĂ©sirantes est d’abord une question de taille, ou d’adaptation, les machines dĂ©sirantes Ă©tant de petites machines ou de grosses machines adaptĂ©es Ă  de petits groupes. Ce n’est pas du tout un problĂšme de gadget. La tendance technologique actuelle qui substitute au primat thermodynamique un certain primat de l‘information, s’accompagne en droit d’une rĂ©duction de la taille des machines. Dans un texte de grande gaitĂ© encore, Ivan Illich montre ceci: que les grosses machines impliquent des rapports de production de type capitaliste ou despotique, entraĂźnant la dĂ©pendance, l’exploitation, l’impuissance des hommes rĂ©duits Ă  l’état de consommateurs ou de servants. La propriĂ©tĂ© collective des moyens de production ne change rien Ă  cet Ă©tat de choses et nourrit seulement une organisation despotique stalinienne. Aussi Illich lui oppose-t-il le droit pour chacun d’utiliser les moyens de production dans une sociĂ©tĂ© conviviale non-oedipienne. Ce qui veut dire: l’utilisation la plus extensive des machines par le plus grand nombre de possible de gens, la multiplication des petites machines et l’adaptation des grandes machines Ă  des petites unitĂ©s, la vente exclusive d’élĂ©ments machiniques qui doivent ĂȘtre assemblĂ©s par les usagers producteurs eux-mĂȘmes, la destruction de la spĂ©cialisation du savoir et du monopole professionnel. Il est bien Ă©vident que des choses aussi diffĂ©rentes que le monopole ou la spĂ©cialisation de la plupart des connaissances  mĂ©dicales, la complication d’un moteur d’auto, le gigantisme des machines  ne rĂ©pondent Ă  aucune nĂ©cessitĂ© technologique, mais seulement Ă  des impĂ©ratifs Ă©conomiques et politiques qui proposent de concentrer puissance ou contrĂŽle entre les mains d’une classe dominante. Ce n’est pas rĂȘver d’un retour Ă  la nature  que de signaler l’inutilitĂ© machinique  radicale des autos dans les villes, leur caractĂšre archaĂŻque malgrĂ© les gadgets de leur prĂ©sentation, et la modernitĂ© possible de la bicyclette dans nos citĂ©s non moins que dans la guerre au Vietnam. Et ce n’est pas mĂȘme au nom de machines relativement simples et petites que doit se faire la “rĂ©volution conviviale” dĂ©sirante, mais au nom de l’innovation machinique elle-mĂȘme que les sociĂ©tĂ©s capitalistes ou communistes rĂ©priment Ă  toute force en fonction du pouvoir Ă©conomique et politique. (Ivan Illich « Re-tooling society », Nouvel Observateur  11 septembre 1972 et Gilbert Simondon p.132-133, « Du mode d’existence des objets techniques » Edition Aubier) [1]

 

Voir encore :

D’Ivan Illich aux nanotechnologies. PrĂ©venir la catastrophe ? Entretien avec Jean-Pierre Dupuy, Propos recueillis par Olivier Mongin, Marc-Olivier Padis et Nathalie Lempereur.  http://www.cairn.info.proxy.unice.fr/resume.php?ID_ARTICLE=ESPRI_0702_0029 et RĂ©concilier souverainetĂ© individuelle et vie en sociĂ©tĂ© : la sociĂ©tĂ© Ă©cologiste d’AndrĂ© Gorz et la sociĂ©tĂ© conviviale d’Ivan Illich parparEnzo Lesourt  2013 http://www.cairn.info.proxy.unice.fr/revue-natures-sciences-societes-2013-3-page-307.htm

  •  On ne saurait continuer cette mise en perspective sans faire rĂ©fĂ©rence aussi au travail d’AndrĂ© Gorz et aux travaux d’Arsindustialis (Bernard Stiegler) at plus particuliĂšrement au groupe de travail sur l’économie de la contribution

http://arsindustrialis.org/groupe-de-travail-sur-l-economie-de-la-contribution

(Extraits)

« Or, la rĂ©volution numĂ©rique a fait Ă©merger un nouveau type d’économie industrielle qui reconstitue une Ă©conomie libidinale, c’est Ă  dire un dispositif d’investissements dans des objets de travail et de socialisation : l’économie contributive est en cela prĂ©cisĂ©ment une Ă©conomie libidinale, et elle se caractĂ©rise par un nouveau type de comportements individuels et collectifs, celui qui caractĂ©rise la figure d’un contributeur affiliĂ© Ă  un rĂ©seau (qui n’est pas nĂ©cessairement Ă©lectronique mais toujours social). Cette nouvelle forme d’économie, nous l’entendons en tant que : nouvel horizon en matiĂšre de dĂ©veloppement Ă©conomique et social ainsi que territorial, remettant en cause en particulier l’hĂ©gĂ©monie des finalitĂ©s de valorisation du capital et des formes de domination exercĂ©es par  les tendances de plus en plus marquĂ©es Ă  la fragmentation du travail salarial et de l’existence individuelle ; rĂ©gĂ©nĂ©ration de nos dĂ©sirs, c’est Ă  dire de nos investissements], suscitant une autre forme de perception[5] en remettant en cause le primat de l’homo oeconomicus  et la « servitude volontaire »,  et rĂ©habilitant le bien commun et les processus dĂ©libĂ©ratifs et dĂ©mocratiques ; reconstitution des formes de savoirs – savoir faire, savoir vivre, savoir thĂ©oriser – qui ont Ă©tĂ© dĂ©truites par le processus de prolĂ©tarisation et de dĂ©sapprentissage auquel a conduit une socialisation des technologies exclusivement mise au service de l’augmentation des plus value au dĂ©triment de la qualitĂ© du travail et des rĂ©sultats du travail ; refondation des conventions comptables micro et macro-Ă©conomiques et d’indices sociaux

  • AndrĂ© Gorz: Autonomy and equity in the post-industrial age, Finn Bowring in The Sociological Review :  Special Issue: Sociological Review Monograph Series: Contemporary Organization Theory, edited by Campbell Jones and Rolland MunroVolume 53, Issue Supplement s1, pages 134–147, October 2005

André Gorz ou comment entrevoir le postcapitalisme par Denis Clerc  et Christophe Fourel http://www.cairn.info.proxy.unice.fr/resume.php?ID_ARTICLE=ESPRI_1001_0132

AndrĂ© Gorz, un penseur pour le XXIe siĂšcle, Sous la direction deChristophe Fourel, Éditeur La DĂ©couverte,  2009

Gorz André, « « La personne devient une entreprise » », Revue du MAUSS 2/ 2001 (no 18), p. 61-66, www.cairn.info/revue-du-mauss-2001-2-page-61.htm.

« Autoproduction high-tech”

On ne dĂ©passera ces limites ni en pratique, ni par la pensĂ©e aussi longtemps qu’on se place sur le terrain de la production des marchandises, des rapports d’achat et de vente, aussi longtemps qu’on confond la production de richesse avec la production de valeur; aussi longtemps que les mĂȘmes personnes seront divisĂ©es contre elles-mĂȘmes comme consommateurs et comme producteurs, comme acheteurs de marchandises et comme vendeurs de travail; aussi longtemps que les premiers ne verront pas la possibilitĂ© et n’auront pas un intĂ©rĂȘt vital Ă  soustraire progressivement leurs consommation et leur travail Ă  la forme marchandise, Ă  la forme valeur et de se soustraire au capitalisme pour prendre le pouvoir sur la dĂ©termination de leurs besoins et sur leur vie. La reconstitution de l’unitĂ© des consommateurs et des producteurs rĂ©pond aujourd’hui Ă  l’intĂ©rĂȘt vital et Ă  un besoin vital des populationsdu Nord comme du Sud. « À un besoin vital » dans la mesure oĂč ellesne peuvent satisfaire leurs besoins Ă©lĂ©mentaires par l’achat de marchandisessur le marchĂ©. « À un intĂ©rĂȘt vital » dans la mesure oĂč une gamme croissante de produits dĂ©sirables ou nĂ©cessaires cessent d’ĂȘtreproduits parce que leur production est insuffisamment rentable pourle capital ou, ce qui revient au mĂȘme, parce qu’au besoin, si pressantsoit-il, de ces produits ne correspond pas, dans la population, un pouvoird’achat suffisant. L’autoproduction hors marchĂ©, c’est-Ă -dire l’unificationdu sujet de la production et du sujet de la consommation,offre seule une issue pour Ă©chapper Ă  cette dĂ©termination par le capitaldu contenu des besoins et du mode de leur satisfaction.Il ne faut pas concevoir cette rĂ©unification Ă  l’échelle individuelleou privĂ©e seulement, comme l’a fait Alvin Toffler Ă  propos des « prosommateurs» qui couvrent une partie croissante de leurs besoins parle « do it yourself »18. La « prosommation » (contraction de productionet de consommation) peut actuellement s’étendre Ă  des populationsentiĂšres, ĂȘtre coordonnĂ©e Ă  l’échelle planĂ©taire par l’interconnection d’ateliers communaux d’autoproduction high-tech, auto-organisĂ©e enrĂ©seaux de coopĂ©ration, d’assistance mutuelle, de diffusion permanented’innovations et d’idĂ©es. La totalitĂ© des produits nĂ©cessaires Ă une « vie attrayante » peut, selon Frithjof Bergmann (qui dĂ©comptetrente-huit de ces produits) ĂȘtre fabriquĂ©e localement dans des ateliers de quartiers ou des ateliers mobiles avec une dĂ©pense de travaillargement infĂ©rieure, une productivitĂ© trĂšs supĂ©rieure Ă  celles de leurproduction industrielle. Et cela sans parler des Ă©conomies qu’entraĂźne la dĂ©sintermĂ©diation, la relocalisation, la simplification extrĂȘme de lagestion19. La principale force productive mise en oeuvre dans l’autoproductionhigh-tech est universellement disponible, gratuitement accessible et inusable : c’est l’inventivitĂ© humaine mise continuellementĂ  la disposition de tous sous la forme de logiciels libres.(« Penser l’exode de la sociĂ©tĂ© du travail et de la marchandise » A. Gorz http://1libertaire.free.fr/AGorz31.html)

 

  • Et aux travaux d’Alvin Toffler inventeur du terme « prosumers » : Le Choc du futur, (1974) La TroisiĂšme Vague, (1980), Les Cartes du futur : prĂ©cursions et prĂ©misses, (1983), S’adapter ou pĂ©rir : l’entreprise face au choc du futur, 1986, Les Nouveaux Pouvoirs, (199)1,Guerre et contre-guerre, survivre Ă  l’aube du XXIe siĂšcle, (1994), CrĂ©er une nouvelle civilisation : la politique de la TroisiĂšme Vague, (1995), La Richesse rĂ©volution2007
  •  Enfin,  comment ne pas convoquer les travaux centraux d’Elinor Ostrom qui a reçu en 2009 le « prix Nobel » d’Ă©conomie, avec O.  Williamson, « pour son analyse de la gouvernance Ă©conomique, et en particulier, des biens communs ». Il est a noter que ces travaux sĂ©minaux n’ont qu’une petite place dans le dernier livre de Rifkin (4 pages :158-162 et pages 175, 190) et que le travail sur le mouvement Open dans ses dimensions Ă©ditoriales, les nouvelles technologies d’écritures et de traitement des donnĂ©es, les problĂšmes posĂ©s par la montĂ©e en puissance de l’algorithmie etc… ne sont que survolĂ©s.)
  • Governing the Commons: The Evolution of Institutions for Collective Action, 1990 :Institutional Incentives and Sustainable Development: Infrastructure Policies in Perspective, 1993 ;Rules, Games, and Common Pool Resources, 1994 ; « A Behavioral Approach to the Rational Choice Theory of Collective Action: Presidential Address », American Political Science Association, 1997, dans The American Political Science Review, 92(1): 1-22. 1998 ; Hess, Charlotte et Ostrom, Elinor (Ă©d.), Understanding Knowledge as a Commons: From Theory to Practice, 2007 ; Linking the Formal and Informal Economy: Concepts and Policies, edited with Basudeb Guha-Khasnobis and Ravi Kanbur, 2006 ; Beyond Markets and States: Polycentric Governance of Complex Economic SystemsAmerican Economic Review, 100(3), 2010.

 



[1]Gilles Deleuze et Felix Guattari, Anti-Oedipe, Editions de Minuit,  1972 (P 478-480)

 

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