Lecture de “The zero marginal cost society: The internet of things, the collaborative commons and the eclipse of Capitalism” de Jeremy Rifkin (Avril 2014)

Auteur : Jean-Max Noyer  Extraits traduits par JM Noyer du Grico / noyer@grico.fr

Alors qu’est publié en français, presque simultanément, le livre de Saski Sassen “Expulsions. Brutality and Complexity in the Global »[1], et que le livre de Thomas Piketty a le succès que l’on sait[2],   et après « The Third Industrial Revolution: How Lateral Power Is Transforming Energy, the Economy, and the World,[3] Jeremy Rifkin dans son dernier ouvrage poursuit donc sa réflexion prospective  et vient de publier : “The zero marginal cost society: The internet of things, the collaborative commons and the eclipse  of Capitalism” [4] . Il y affirme que l’ère du capitalisme est en train de s’effacer  et ce, de manière inéluctable, inévitable.

Il y a selon lui, une nécessité à cela et cette nécessité est inscrite dans le développement sans retour de l’Internet des objets,[5] développement qui est en train de donner naissance à un nouveau système économique, à une nouvelle économie politique, “the collaborative commons”, qui va transformer notre mode de vie.

Le livre qui se compose de 5 parties et 14 chapitres, se veut comme le grand récit du basculement vers un monde nouveau, basculement du grand marché capitaliste des organisations molaires et massivement centralisées vers le monde des “communs collaboratifs” (Collaborative Commons).

Les cinq parties sont les suivantes: a) The untold History of Capitalism b) The Near Zero marginal cost society  c)  The rise of collaborative commons d) Social capital and the Sharing Economy e) The economy of abondance. Nous insisterons sur  certains chapitres qui condensent avec le plus de force la réflexion prospective de Rifkin. Nous insérerons aussi quelques commentaires et références à des travaux plus ou moins proches de l’effort de Rifkin afin d’introduire la possibilité de la différence dans le “travail” des notions et des concepts, des thèses et des postulats, des affirmations plus ou moins dogmatiques,

  • Dans ce livre, plus dense que les précédents, Mr Rifkin affirme que la venue simultanée au XXI siècle de l’internet comme système de communication couplé à une infrastructure énergétique et logistique sous la forme d’un réseau sans couture intelligent (l’internet des objets), permet de stimuler la productivité, au point de mener la production des services et des objets à un coût marginal proche de zéro.

Le résultat est selon Rifkin que les profits sont en train de se tarir, que les droits propriétaires s’affaiblissent et que la place  centrale de la rareté au coeur de l’approche classique doit peu à peu s’effacer devant la possibilité d’une société d’abondance.

  •  Le livre approfondit les thèses et points de vue propectifs déjà exprimés précédemment en particulier pour le lecteur français dans les ouvrages suivants:   La Fin du travail (1997), Le siècle biotech : le commerce des gènes dans le meilleur des mondes (1998),  L’âge de l’accès : la vérité sur la nouvelle économie, (2000), L’économie hydrogène : après la fin du pétrole, la nouvelle révolution économique (2002),  Une nouvelle conscience pour un monde en crise : Vers une civilisation de l’empathie (2011), La troisième révolution industrielle. Comment le pouvoir latéral va transformer l’énergie, l’économie et le monde (2012).
  • Pour Jeremy Rifkin  “Les trois infrastructures critiques qui constituent l’Internet des Objets ont en commun un travail de gestion similaire. Contrairement à la plupart des Commons traditionnels, dont la politique se soucie en priorité des ressources physiques afin d’éviter une réduction des stocks, les infrastructures des « commons » de l’ère collaborative, doivent prendre en charge des « questions temporelles » pour  éviter leur dysfonctionnement. L’Internet de Communication doit s’autoréguler pour faire face à l’excès de données dans la transmission de l’information, l’Internet de l’Energie doit éviter l’engorgement dans la gestion des écarts de consommation d’électricité et maintenir un équilibre convenable entre le stockage de l’énergie et la transmission d’électricité” (P.220)
  • La tendance du coût marginal à tendre vers zero, conduit à une nouvelle économie hybride, à la fois économie de marché et économie “collaborative et fondée sur des Communs” (Collaborative Commons) avec des effets considérables  pour l’ensemble de la société.
  •  Les chapitres 5 et 6 traitent respectivement et principalement de l’Internet des objets, de l’énergie gratuite, disponible et de l’Impression 3D[6] ouvrant vers une “Micro-Info Facturing”[7]. Cette technologie est selon Jeremy Rifkin, la promesse d’une production totalement distribuée et fragmentée pour une large part, des millions d’individus devenant des “prosumers”  produisant et échangeant [8] les objets, les artefacts dont ils ont besoin ou envie, et ce à la manière dont on crée aujourd’hui son information et dont on la partage. Il précise l’aspect véritablement révolutionnaire de l’impression 3D, qui “d’une culture amateur va nous conduire à un nouveau paradigme économique portée par une «Makers Infrastructure”. Ce développement va engendrer des pratiques commerciales  nouvellesdont l’efficacité et la productivité nous tirent vers un coût marginal voisin de zéro dans la production et la distribution des biens et des services- rendant plus facile la sortie de la période capitaliste et pour entrer dans  l’ère de collaborative” .(99) Cette hypothèse (qui est celle aussi soutenue par Chris Anderson)[9]mériterait d’être nuancée, en examinant ses conséquences en terme de la consommation énergétique globale, en interrogeant aussi le caractère automatique annoncée de le généralisation du modèle productif moléculaire [10]ainsi que sa traduction, sa conversion  en de nouveaux modes démocratiques de société ouverte.
  • Le chapitre 12, (The struggle to define and control the intelligent infrastructure) développe les lignes de force par où sortir des enfermements socio-cognitifs autant que socio-économiques. “Le modèle capitaliste de propriété privée, dans lequel chaque firme est une île repliée sur elle-même, et essaie de se constituer une activité économique verticalement sous un seul toit pour réaliser des économies d’échelle, est incapable, en raison de ses contraintes opérationnelles, de gérer des activités qui demandent l’active participation de milliers d’intervenants pour des opérations organisées latéralement.”  Et poursuit Jeremy Rifkin “faute d’avoir confiée sa gestion au “Commons” approprié, chaque firme va s’efforcer d’optimiser son propre flux temporel au détriment des autres, ce qui provoquera un plus grand engorgement du réseau et une perte de ses capacités opérationnelles, ce qui affectera en fin de compte, toutes les compagnies du système et aura pour résultat la tragédie qui accompagne un Commons non géré. Ces types de coût qui accompagnent l’Internet de la Communication, l’Internet de l’Energie, et l’Internet de la Logistique ne sont tout simplement pas réalisables dans une économie de marché pure, où chaque compagnie joue son propre jeu. Aucune compagnie, quelle que soit son ambition, ne peut espérer s’engager dans des fusions-acquisitions qui lui permettraient l’efficacité et les gains de productivité découlant des « Commons distribués, enchevêtrés, au fort pouvoir latéral »
  •  Cela conduit entre autre Jeremy Rifkin à mettre en évidence la “Renaissance des coopératives”[11]  dans le monde et en particulier dans des pays qui sont à la frontière des pays émergents ou qui sont encore dans les limbes violents des économies de marché à la fois primitives, instables et pourtant en voie d’être intégrées bon gré malgré, dans le mouvement de la mondialisation, tels l’Egypte ou le Paskistan. Cette mise en évidence est aussi une incursion (une fois n’est pas coutume)  dans l’histoire politique des coopératives et ce plus précisément à travers “The Rochdale Society” qui avait établi sept règles et principes de “gestion des Commons”, règles qui allaient devenir un protocole standard pour les coopératives. [12]
  • Cela l’amène encore à une réflexion intéressante sur les conditions nouvelles de la transmission des savoirs et la réforme des institutions qui y sont attachées.Le chapitre 7 (MOOCS and a zero marginal cost education, P. 109-133) est à cet égard  interessant. Selon Rifkin, nous devons renoncer à l’idée d’un savoir comme expérience privée et et ne plus concevoir l’acquisition du savoir sur la base des formes privées qui sont au fondement d’un milieu capitaliste hérité. Lorsque que l’on se trouve dans un âge collaboratif massif, nous devons selon Rifkin considérer l’apprentissage comme procès dynamique et collectif (crowdsourcing) et le savoir doit être conçu comme effet d’un partage public et productif…Pour Jeremy Rifkin il nous faut donc en particulier sortir de “l’approche réductionniste de l’apprentissage du savoir qui caractérisait une ère industrielle basée sur des phénomènes d’isolement et de privatisation (et mettre en place) une expérience plus systémique de l’apprentissage, conçue pour comprendre les relations subtiles qui unissent les phénomènes en de grands ensembles”. Ainsi remarque-t-il , “dans les nouveaux environnements éducationnels du monde, prépare-t-on  les étudiants à vivre dans le Commons de  la biosphère.” Ainsi encore “de plus en plus de programmes mettent l’accent sur le profond attachement de notre espèce à la nature, etles étudiants  face aux diverses formes de vie des grands océans et de la terre et leur apprennent  les dynamiques des écosystèmes, et les aident à rédéfinir  l’expérience humaine nécessaire à la  vie afin de  respecter les exigences de la biosphère”.(P.113) Pour lui, “ ces initiatives éducationnelles, et d’autres encore, transforment l’expérience de l’apprentissage: nous passons d’une expérience centrée sur un monde fermé de relations entre propriétés privées, à un monde qui prépare les étudiants à vivre dans les commons ouverts de l’espace virtuel, de la place publique, et de la biosphère”. (P. 113) Et il poursuit: “la révolution de l’Internet, dont le pouvoir “de pair à pair”, distribué, participatif, commence à abattre les murs de bastions qui auparavant nous semblaient invincibles, a commencé à déchaîner toute sa fureur contre la communauté universitaire (…) La force de ce mouvement , cette lame de fond prend (cependant)  sa source au sein même de cette communauté et ce tsunami est alimenté par le même combustible qui abat bastion après bastion – à savoir la logique implacable d’une révolution technologique aux multiples facettes qui ramène les coûts marginaux proche de zéro — chaque fois qu’il y a quelque vulnérabilité à exploiter. (P114) [13]
  • On  peut voir là une manière de prendre la file de la réflexion d’ Ivan Illich, en tous cas de sentir dans l’éclatement et la transformation en cours des modes de production des savoirs, de leur circulation, de sentir dans l’encylopédisme en éclat [14]qui est notre futur et des nouvelles manières d’écrire, de mémoriser, dans les nouvelles grammaires d’expression et dans le creusement des régimes sémiotiques  la promesse  de voir émerger des conditionsfavorables, ici et là,  à de nouvelles intelligences collectives. Ces intelligences collectives engageant de nouvelles critériologies d’évaluation.[15] On se souvient qu’Ivan Illich pour suivre ici le rappel de Jean Robert et Thierry Paquot, « lança l’avertissement suivant : au-delà de certains seuils, la production de services peut s’avérer encore plus destructrice pour la culture que la production de biens matériels ne l’a été pour la nature. Alors que le Club de Rome avait établi que la production matérielle des sociétés industrielles rompt l’équilibre naturel, Illich argumentait qu’au-delà de certains seuils, les services corrompent, comme une drogue, la société et la culture. Dans les trois livres qu’il écrivit pour le démontrer, Une société sans école (1971), Énergie et équité (1973) et Némésis médicale (1975), il traita donc successivement de la croissance des trois principaux secteurs de services de la société industrielle : l’éducation, le transport de personnes et la médecine. Il y décrivit leur inévitable contre-productivité lorsque certains seuils sont dépassés12. Cet avertissement et les trois livres qui l’illustrent constituent l’essentiel de la critique d’Illich contre l’économie industrielle » Et Jean Robert et Thierry Paquot de rappeler encore que  « les débats du Cidoc de Cuernavaca débouchèrent naturellement sur une critique radicale des professions et de l’ethos qui les justifiait. Ils établirent qu’au-delà de certains seuils, le pouvoir des docteurs ne peut pas s’accroître sans nier les capacités curatives ancrées dans les traditions et les cultures : ce pouvoir dévalorise toutes les formes de médecine domestique comme les tisanes et les compresses que savaient préparer les tantes et les grands-mères. Quant aux pédagogues, leurs pouvoirs ne peuvent s’étendre qu’en dépréciant les savoirs transmis àson apprenti par un artisan et en ridiculisant l’autodidacte. Pour ce qui est des ingénieurs en transports, ils ne peuvent justifier les réseaux tentaculaires dont ils étouffent les villes que parce que les services qu’ils offrent mettent la plupart des destinations des habitants de celles-ci hors d’atteinte de leurs pieds et du rayon d’action des bicyclettes. Les docteurs sont devenus des biocrates, les professeurs des gnosocrates, les ingénieurs des technocrates ».
  • Pour fonctionner écrit encore Rifkin, “toute société a besoin de moyens de communication, d’une source d’énergie, et d’une forme de mobilité. La réunion de l’Internet de la Communication, de l’Internet de l’Energie et de l’Internet de la Logistique dans un Internet des Objets fournit le système nerveux cognitif et les moyens physiques pour intégrer l’humanité entière dans un Commons global interconnecté qui s’étend sur l’ensemble de la société. C’est là ce que nous voulons dire quand nous parlons de villes intelligentes, de régions intelligentes, de continents intelligents et de planète intelligente”.
  • Selon lui nous nous trouvons dès à présent, face un phénomène ou des centaines de millions de personnes ont transféré ou transférent une partie de leur vie économique des marchés capitalistes vers les ” collaborative Commons”. (Voir Chapitre 9 “The ascent of the prosumer and the built-out of the smart economy, P. 137 à 151). Ce qu’il appelle des ” Prosommateurs” –prosumers—fabriquent partagent leur propre information, leur propre mode de  divertissement, leur  énergie verte, et les produits imprimés 3D amènent le coût marginal vers zéro. Ces “prosomaters” partagent aussi voitures, maisons, vêtements et autres articles par l’intermédiaire des sites des médias sociaux, locations… et mettent en place des   coopératives à faible coût marginal ou proche là aussi de zéro.
  • Les étudiants s’inscrivent dans des cours en ligne ouverts libres ( MOOCs ) qui fonctionnent  aussi avec un coût marginal nul. Dans le monde que projettent de jeunes entrepreneurs dits sociaux se mettent en place des entreprises à dimension écologique, utilisant le processus de “crowdfunding” ainsi que la création de monnaies alternatives. Dans ce nouveau monde, le capital social est aussi important que le capital financier, et l’accès l’emporte sur la propriété, la coopération remplace la compétition, et la «valeur d’échange» dans le marché capitaliste est de plus en plus remplacée par “valeur partageable” des “Collaborative Commons”.

Telle est la vision renforcée de Rifkin qu’il a déjà maintes fois exprimée dans “l’Age de l’accès”[16] par exemple.

  • L’utopie concrète de Rifkin s’appuie sur cette croyance argumentée que, bien que le capitalisme continue et va continuer à accompagner nos vies, pour ce qui est d’un avenir proche, il jouera un rôle de plus en plus réduit, jusqu’à n’être plus le paradigme économique dominant dans la seconde moitié du 21e siècle. Pour Rifkin nous entrons dans un monde “au-delà des marchés” où nous apprenons à vivre ensemble au milieu des Commons. “Relier toute activité humaine à un réseau mondial intelligent est en train de donner naissance à un nouveau type économique entièrement nouveau. L’être ancien de la Première et de la Deuxième Révolution Industrielle comptait sur une matrice communication/énergie et une grille logistique qui demandaient d’énormes sommes de capital, et qui, de ce fait, devaient être organisées en entreprises à intégration verticale sous commandement et contrôle centralisés pour réaliser des économies d’échelle. Le système capitaliste et les mécanismes de marché se sont révélés être les meilleurs outils institutionnels pour faire avancer le paradigme.
  • Le nouvel être de la Troisième Révolution Industrielle, cependant, est d’une toute autre nature. Il nécessite moins de capital financier et plus de capital social, agit latéralement plutôt que verticalement, et trouve sa meilleure application dans une gestion de Commons plutôt que dans un mécanisme de marché strictement capitaliste. Cela signifie que la survie du marché capitaliste dépendra de son aptitude à trouver avantageux pour lui de vivre dans un monde où les nouvelles efficacités et productivités résident dans une société conçue pour être de plus en plus distribuée, ouverte, collaborative, et connectée à un réseau. Si l’ancien système privilégiait l’autonomie centrée sur elle-même dans le marché capitaliste, le nouveau système qui est en train de voir le jour privilégie une intense collaboration à travers le réseau des Commons. Dans l’ère qui arrive, le partenariat que l’on a connu de longue date, entre gouvernement et secteur privé pour organiser la vie économique de la société, cèdera la place à un partenariat tripartite dans lequel la gestion des Commons jouera un rôle encore plus grand, que viendront compléter les forces des gouvernements et des marchés.”.

 



[1]Expulsions. Brutality and Complexity in the Global Economy,

de Saskia Sassen, Harvard University Press, « The Belknap Press », A paraître mai 2014

[2] Thomas Piketty, Le capital au XXIe siècle, Edition du Seuil, 2013

[3]The Third Industrial Revolution: How Lateral Power Is Transforming Energy, the Economy, and the World, Palgrave Macmillan 201. La troisième révolution industrielle, comment le pouvoir latéral va transformer, l’énergie,l’économie et le monde, Editions LLL les liens qui libèrent, Paris 2012

[4]Jeremy Rifkin, The Third Industrial Revolution: How Lateral Power Is Transforming Energy, the Economy, and the World April 2014

[5]Voir sur ces points: http://www.grico.fr/tribunes/internet-des-hybrides/

http://www.ericsson.com/res/docs/whitepapers/wp-50-billions.pdf
2) http://cdn.idc.com/research/Predictions12/Main/downloads/IDCTOP10Predictions2012.pdf 

Voir aussi SIGFOX et Anne Lauvergeon :  http://www.lesechos.fr/entreprises-secteurs/tech-medias/actu/0203466553463-sigfox-change-de-dimension-avec-anne-lauvergeon-667414.php

[6]Voir parmi un grand nombre d’articles, le numéro de « Pour la science » de Février 2014, « L’impression 3D , créer et fabriquer soi-même tout objet ? »

[7]P. 89 à 108

[8]Voir plus loin les extraits tirés de André gorz, « « La personne devient une entreprise » (2001)

[9]Chris Anderson, Makers: The New Industrial Revolution, New York, 2012, et http://ecrans.liberation.fr/ecrans/2009/03/20/chris-anderson-a-l-avenir-chaque-entreprise-va-devoir-fabriquer-des-produits-gratuits_955281?page=article

[10]Il convient de noter par exemple que ce que l’on appelle la grande industrie est en train d’incorpore dans ses modèles molaires les technologies 3D et ce principalement en raison de la baisse conséquente et attendue des coûts de production. Il en va aisi pour General Electric qui envisage produire 100 pièces d’avions par Impression 3D . Voir :  http://www.monunivers3d.com/996/

[11]P . 211 à 217

[12]« The Rochdale Principles », in Rochdale Pionners Museum, http://www.rochdalepionnersmuseum.coop/icaprinciples.html

 

[13]“Cela ne signifie en aucune façon que les structures universitaires traditionnelles disparaîtront – mais plutôt que leur mission changera de façon radicale et que leur rôle diminuera, victime de l’assaut des MOOCs. Actuellement, les administrations des universités et des facultés se cramponnent encore à l’espoir que les cours universitaires en ligne à l’échelle mondiale attireront les étudiants vers une éducation rémunératrice plus conventionnelle. Il leur reste encore à prendre pleinement conscience du fait que le coût marginal de l’éducation voisin de zéro dans le Commons virtuel mondial qu’ils créent eux-mêmes, deviendra de plus en plus le nouveau paradigme pour les études supérieures, tandis que l’enseignement bâti jouera finalement un rôle de supplément de plus en plus étroit et limité”. (P115)

[14] Jean-Max Noyer, L’encyclopédisme en éclats L’édition scientifique numérique face aux nouvelles mémoires et intelligences en procès, Edition Hermes Lavoisier, 2010

 

[15] Bernard Stiegler La Technique et le temps, tome 2 :La Désorientation, 1996 et La Technique et le Temps, tome 3 : Le Temps du cinéma et la Question du mal-être Les analyses de Bernard Stiegler sont de ce point de vue très intéressantes et viennent nuancer les thèses énoncées par Michel Serres et Pierre levy , thèses portées par un souffle presque messianique.  (L’École, le numérique et la société qui vient, avec Denis Kambouchner, Philippe Meirieu, Julien Gautier, Guillaume Vergne, Fayard/Mille et une nuits, 2012)

[16]The Age Of Access: The New Culture of Hypercapitalism, Where All of Life is a Paid-For Experience, Putnam Publishing Group2000.  L’âge de l’accès : la vérité sur la nouvelle économie, La Découverte, Paris 2000

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Commentaires critiques sur le travail de Jeremy Rifkin et plus particulièrement sur l’ouvrage “la Troisième Révolution Industrielle”.

  • “La troisième révolution industrielle des villes n’est pas pour demain” par Josselin Thonnelier.  http://www.urbanews.fr/2013/10/17/36357-troisieme-revolution-industrielle-villes-nest-pas-demain
  • Le scénario NegaWatt en 10 points-clés. : http://www.negawatt.org/scenario/methodologie Le scénario se caractérise par « une politique très volontariste de sobriété et d’efficacité énergétiques diminue la demande en énergie primaire de plus de 65 % en 2050 par rapport à la situation en 2010 : l’exploitation du « gisement de négaWatts » permet de faire presque les 2/3 du chemin ! Malgré cette réduction, un haut niveau de services énergétiques est maintenu pour les besoins de chaleur, de mobilité et d’électricité spécifique. Un recours prioritaire aux énergies renouvelables (90 % des ressources énergétiques de la France en 2050, répartis en une dizaine de filières) assure à la fois la sécurité d’approvisionnement et une véritable indépendance énergétique. Une gestion coordonnée des réseaux de gaz, d’électricité et de chaleur permet de répondre à tout instant aux besoins et d’assurer l’indispensable équilibre offre-demande en puissance du système électrique. La fin des « fossiles faciles » est anticipé à l’approche des pics pétrolier et gazier. Leur utilisation se limite à la pétrochimie et aux matières premières industrielles, ainsi qu’à quelques usages très spécifiques tels que l’aviation. Le système énergétique est presque totalement exempt d’émissions de carbone malgré un arrêt maîtrisé et cohérent de toute production d’électricité nucléaire en 2033… Par rapport à 2010 les émissions de CO2 sont divisées par 2 en 2030 et de l’ordre de 15 en 2050. Les émissions cumulées de CO2 sur la période 2011-2050 sont conformes au poids démographique de la France dans une logique d’équité mondiale, et compatibles avec l’objectif de limiter la hausse moyenne de la température sur Terre en dessous de 2°C d’ici 2100.

L’usage équilibré des sols respecte l’ordre des priorités alimentation →biodiversité → matériaux → énergie, malgré une relocalisation importante de l’industrie et une contribution de la biomasse à hauteur de 50 % des besoins énergétiques totaux.

Une France s’avance vers l’autonomie et la démocratie énergétiques, créant des centaines de milliers d’emplois durables, redonnant aux territoires et à leurs acteurs une place centrale dans notre paysage énergétique. Et qui prend enfin toute une part exemplaire dans la résolution des crises de l’énergie et du climat.

 

Pour mettre en perspective l’ouvrage de Jeremy Rifkin et inscrire son travail dans une histoire plus complexe

  • Pour commencer, il nous paraît utile de renvoyer au travail, nous l’avons déjà indiqué,  d’Ivan Illich de convoquer à nouveau  ses thèses, de faire travailler ses notions et concepts. Cela nous semble du plus grand interêt car les réflexions d’Illich ne se sont pas développées sous le diktat du “nouveau technique numérique”. Cela devrait nous inciter à plus de nuance et de prudence quant à l‘importance donnée de manière générale, aux “utopies concrètes” qui projettent au devant d’elles-mêmes un monde sans anthropologie politique,  sans processus d’altération-création, un monde de devenirs pacifiés. (Voir en particulier à : Actualité d’Ivan Illich :  Introduction. Monument ou chantier ? L’héritage intellectuel (Robert Jean et Paquot Thierry) (2010)

http://www.esprit.presse.fr/archive/review/article.php?code=35750

  • Il nous semble aussi important de rappeler la résonnance du travail d’Illich  avec l’Anti-Oedipe de Gilles Deleuze et Felix Guattari. “On pourrait croire que la différence entre les machines sociales techniques et les machines désirantes est d’abord une question de taille, ou d’adaptation, les machines désirantes étant de petites machines ou de grosses machines adaptées à de petits groupes. Ce n’est pas du tout un problème de gadget. La tendance technologique actuelle qui substitute au primat thermodynamique un certain primat de l‘information, s’accompagne en droit d’une réduction de la taille des machines. Dans un texte de grande gaité encore, Ivan Illich montre ceci: que les grosses machines impliquent des rapports de production de type capitaliste ou despotique, entraînant la dépendance, l’exploitation, l’impuissance des hommes réduits à l’état de consommateurs ou de servants. La propriété collective des moyens de production ne change rien à cet état de choses et nourrit seulement une organisation despotique stalinienne. Aussi Illich lui oppose-t-il le droit pour chacun d’utiliser les moyens de production dans une société conviviale non-oedipienne. Ce qui veut dire: l’utilisation la plus extensive des machines par le plus grand nombre de possible de gens, la multiplication des petites machines et l’adaptation des grandes machines à des petites unités, la vente exclusive d’éléments machiniques qui doivent être assemblés par les usagers producteurs eux-mêmes, la destruction de la spécialisation du savoir et du monopole professionnel. Il est bien évident que des choses aussi différentes que le monopole ou la spécialisation de la plupart des connaissances  médicales, la complication d’un moteur d’auto, le gigantisme des machines  ne répondent à aucune nécessité technologique, mais seulement à des impératifs économiques et politiques qui proposent de concentrer puissance ou contrôle entre les mains d’une classe dominante. Ce n’est pas rêver d’un retour à la nature  que de signaler l’inutilité machinique  radicale des autos dans les villes, leur caractère archaïque malgré les gadgets de leur présentation, et la modernité possible de la bicyclette dans nos cités non moins que dans la guerre au Vietnam. Et ce n’est pas même au nom de machines relativement simples et petites que doit se faire la “révolution conviviale” désirante, mais au nom de l’innovation machinique elle-même que les sociétés capitalistes ou communistes répriment à toute force en fonction du pouvoir économique et politique. (Ivan Illich « Re-tooling society », Nouvel Observateur  11 septembre 1972 et Gilbert Simondon p.132-133, « Du mode d’existence des objets techniques » Edition Aubier) [1]

 

Voir encore :

D’Ivan Illich aux nanotechnologies. Prévenir la catastrophe ? Entretien avec Jean-Pierre Dupuy, Propos recueillis par Olivier Mongin, Marc-Olivier Padis et Nathalie Lempereur.  http://www.cairn.info.proxy.unice.fr/resume.php?ID_ARTICLE=ESPRI_0702_0029 et Réconcilier souveraineté individuelle et vie en société : la société écologiste d’André Gorz et la société conviviale d’Ivan Illich parparEnzo Lesourt  2013 http://www.cairn.info.proxy.unice.fr/revue-natures-sciences-societes-2013-3-page-307.htm

  •  On ne saurait continuer cette mise en perspective sans faire référence aussi au travail d’André Gorz et aux travaux d’Arsindustialis (Bernard Stiegler) at plus particulièrement au groupe de travail sur l’économie de la contribution

http://arsindustrialis.org/groupe-de-travail-sur-l-economie-de-la-contribution

(Extraits)

« Or, la révolution numérique a fait émerger un nouveau type d’économie industrielle qui reconstitue une économie libidinale, c’est à dire un dispositif d’investissements dans des objets de travail et de socialisation : l’économie contributive est en cela précisément une économie libidinale, et elle se caractérise par un nouveau type de comportements individuels et collectifs, celui qui caractérise la figure d’un contributeur affilié à un réseau (qui n’est pas nécessairement électronique mais toujours social). Cette nouvelle forme d’économie, nous l’entendons en tant que : nouvel horizon en matière de développement économique et social ainsi que territorial, remettant en cause en particulier l’hégémonie des finalités de valorisation du capital et des formes de domination exercées par  les tendances de plus en plus marquées à la fragmentation du travail salarial et de l’existence individuelle ; régénération de nos désirs, c’est à dire de nos investissements], suscitant une autre forme de perception[5] en remettant en cause le primat de l’homo oeconomicus  et la « servitude volontaire »,  et réhabilitant le bien commun et les processus délibératifs et démocratiques ; reconstitution des formes de savoirs – savoir faire, savoir vivre, savoir théoriser – qui ont été détruites par le processus de prolétarisation et de désapprentissage auquel a conduit une socialisation des technologies exclusivement mise au service de l’augmentation des plus value au détriment de la qualité du travail et des résultats du travail ; refondation des conventions comptables micro et macro-économiques et d’indices sociaux

  • André Gorz: Autonomy and equity in the post-industrial age, Finn Bowring in The Sociological Review :  Special Issue: Sociological Review Monograph Series: Contemporary Organization Theory, edited by Campbell Jones and Rolland MunroVolume 53, Issue Supplement s1, pages 134–147, October 2005

André Gorz ou comment entrevoir le postcapitalisme par Denis Clerc  et Christophe Fourel http://www.cairn.info.proxy.unice.fr/resume.php?ID_ARTICLE=ESPRI_1001_0132

André Gorz, un penseur pour le XXIe siècle, Sous la direction deChristophe Fourel, Éditeur La Découverte,  2009

Gorz André, « « La personne devient une entreprise » », Revue du MAUSS 2/ 2001 (no 18), p. 61-66, www.cairn.info/revue-du-mauss-2001-2-page-61.htm.

« Autoproduction high-tech”

On ne dépassera ces limites ni en pratique, ni par la pensée aussi longtemps qu’on se place sur le terrain de la production des marchandises, des rapports d’achat et de vente, aussi longtemps qu’on confond la production de richesse avec la production de valeur; aussi longtemps que les mêmes personnes seront divisées contre elles-mêmes comme consommateurs et comme producteurs, comme acheteurs de marchandises et comme vendeurs de travail; aussi longtemps que les premiers ne verront pas la possibilité et n’auront pas un intérêt vital à soustraire progressivement leurs consommation et leur travail à la forme marchandise, à la forme valeur et de se soustraire au capitalisme pour prendre le pouvoir sur la détermination de leurs besoins et sur leur vie. La reconstitution de l’unité des consommateurs et des producteurs répond aujourd’hui à l’intérêt vital et à un besoin vital des populationsdu Nord comme du Sud. « À un besoin vital » dans la mesure où ellesne peuvent satisfaire leurs besoins élémentaires par l’achat de marchandisessur le marché. « À un intérêt vital » dans la mesure où une gamme croissante de produits désirables ou nécessaires cessent d’êtreproduits parce que leur production est insuffisamment rentable pourle capital ou, ce qui revient au même, parce qu’au besoin, si pressantsoit-il, de ces produits ne correspond pas, dans la population, un pouvoird’achat suffisant. L’autoproduction hors marché, c’est-à-dire l’unificationdu sujet de la production et du sujet de la consommation,offre seule une issue pour échapper à cette détermination par le capitaldu contenu des besoins et du mode de leur satisfaction.Il ne faut pas concevoir cette réunification à l’échelle individuelleou privée seulement, comme l’a fait Alvin Toffler à propos des « prosommateurs» qui couvrent une partie croissante de leurs besoins parle « do it yourself »18. La « prosommation » (contraction de productionet de consommation) peut actuellement s’étendre à des populationsentières, être coordonnée à l’échelle planétaire par l’interconnection d’ateliers communaux d’autoproduction high-tech, auto-organisée enréseaux de coopération, d’assistance mutuelle, de diffusion permanented’innovations et d’idées. La totalité des produits nécessaires àune « vie attrayante » peut, selon Frithjof Bergmann (qui décomptetrente-huit de ces produits) être fabriquée localement dans des ateliers de quartiers ou des ateliers mobiles avec une dépense de travaillargement inférieure, une productivité très supérieure à celles de leurproduction industrielle. Et cela sans parler des économies qu’entraîne la désintermédiation, la relocalisation, la simplification extrême de lagestion19. La principale force productive mise en oeuvre dans l’autoproductionhigh-tech est universellement disponible, gratuitement accessible et inusable : c’est l’inventivité humaine mise continuellementà la disposition de tous sous la forme de logiciels libres.(« Penser l’exode de la société du travail et de la marchandise » A. Gorz http://1libertaire.free.fr/AGorz31.html)

 

  • Et aux travaux d’Alvin Toffler inventeur du terme « prosumers » : Le Choc du futur, (1974) La Troisième Vague, (1980), Les Cartes du futur : précursions et prémisses, (1983), S’adapter ou périr : l’entreprise face au choc du futur, 1986, Les Nouveaux Pouvoirs, (199)1,Guerre et contre-guerre, survivre à l’aube du XXIe siècle, (1994), Créer une nouvelle civilisation : la politique de la Troisième Vague, (1995), La Richesse révolution2007
  •  Enfin,  comment ne pas convoquer les travaux centraux d’Elinor Ostrom qui a reçu en 2009 le « prix Nobel » d’économie, avec O.  Williamson, « pour son analyse de la gouvernance économique, et en particulier, des biens communs ». Il est a noter que ces travaux séminaux n’ont qu’une petite place dans le dernier livre de Rifkin (4 pages :158-162 et pages 175, 190) et que le travail sur le mouvement Open dans ses dimensions éditoriales, les nouvelles technologies d’écritures et de traitement des données, les problèmes posés par la montée en puissance de l’algorithmie etc… ne sont que survolés.)
  • Governing the Commons: The Evolution of Institutions for Collective Action, 1990 :Institutional Incentives and Sustainable Development: Infrastructure Policies in Perspective, 1993 ;Rules, Games, and Common Pool Resources, 1994 ; « A Behavioral Approach to the Rational Choice Theory of Collective Action: Presidential Address », American Political Science Association, 1997, dans The American Political Science Review, 92(1): 1-22. 1998 ; Hess, Charlotte et Ostrom, Elinor (éd.), Understanding Knowledge as a Commons: From Theory to Practice, 2007 ; Linking the Formal and Informal Economy: Concepts and Policies, edited with Basudeb Guha-Khasnobis and Ravi Kanbur, 2006 ; Beyond Markets and States: Polycentric Governance of Complex Economic SystemsAmerican Economic Review, 100(3), 2010.

 



[1]Gilles Deleuze et Felix Guattari, Anti-Oedipe, Editions de Minuit,  1972 (P 478-480)

 

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