Twitter et les formes courtes : proposition d’analyse

Extraits de « La transformation numĂ©rique : quelques procĂšs en cours » RĂ©fĂ©rence Ă©lectronique Jean-Max Noyer, Revue française des sciences de l’information et de la communication [En ligne], 2 | 2013, mis en ligne le 01 janvier 2013, consultĂ© le 17 janvier 2013. URL : http://rfsic.revues.org/377

La prolifération des Formes courtes
Nous avons Ă©voquĂ© ailleurs le Data Mining comme grand rĂ©cit des sociĂ©tĂ©s performatives, des sociĂ©tĂ©s de veille. Nous avons rapidement vu combien la constitution d’immenses mĂ©moires numĂ©riques associĂ©es Ă  une algorithmique de plus en plus conquĂ©rante rendait possible la mise en visibilitĂ© de ce que nous appelons les onto-Ă©thologies individuelles et collectives.
Dans ce cadre on comprend aisĂ©ment l’intĂ©rĂȘt renouvelĂ© pour les formes narratives courtes, toute l’attention portĂ©e Ă  leur prolifĂ©ration et Ă  tout ce dont, encore une fois elles sont l’expression et l’exprimĂ©. L’avĂšnement de Twitter comme derniĂšre incarnation du creusement des modes d’écritures et de tissage des textes, modes d’échanges de formes courtes, confirme le creusement des Ă©critures, l’exploration des contraintes qui leur sont associĂ©es. « Contrainte » Ă©tant pris ici dans sa pleine et entiĂšre positivitĂ©, c’est-Ă -dire comme « condition de productivitĂ© »
Twitter participe donc fondamentalement de la transformation des pragmatiques communicationnelles, de leurs composantes, à la transformation des processus infatigables de réécritures et de commentaires.
Mais nous raterions l’essentiel, faut-il le rappeler, si nous pensions pouvoir isoler les pragmatiques associĂ©es, Ă©tablir un cordon sanitaire qui laisserait ce dispositif flotter seul, strate anthropologique dans sa solitude. Ce qui nous est donnĂ© et nous sert de milieu est un enchevĂȘtrement d’écritures et d’interfaces, un enchevĂȘtrement de combinatoires et de contraintes combinatoires.
Le statut des formes courtes, des micro-rĂ©cits, leur vie, est depuis trĂšs longtemps (peut-ĂȘtre toujours) au cƓur de la question « thĂ©ologico-politico-cognitive », des processus de subjectivation. Question thĂ©ologico-politique et cognitive en effet. Kenneth Knoepsel (1) rappelle qu’au « moyen Ăąge et Ă  la renaissance (par exemple) la Bible, et les classiques, comme les mĂ©tamorphoses d’Ovide, fonctionnaient comme des compendiums d’exemples qui Ă©taient censĂ©s s’intĂ©grer aux mĂ©ta-rĂ©cits religieux par le biais des stratĂ©gies hermĂ©neutiques associĂ©es Ă  l’allĂ©gorie. De nos jours ces compediums continuent d’exister mais uniquement au sein d’un rĂ©servoir d’information Ă©lectronique beaucoup plus vaste »

Les rĂ©cits courts et le champ d’immanence doxique
Plus que jamais aujourd’hui, fractures numĂ©riques et fractures cognitives entrent en rĂ©sonance et une agonistique des narrations, des forces de crĂ©ation est engagĂ©e y compris Ă  partir du champ d’immanence doxique pour reprendre l’expression de Philippe Mengue (2). Ce que donne Ă  voir et Ă  habiter le milieu internet, c’est que. l’opinion n’est pas rĂ©ductible Ă  une pensĂ©e sclĂ©rosĂ©e, figĂ©e, dĂ©gradĂ©e, une retombĂ©e de la pensĂ©e crĂ©atrice. Pour la simple raison qu’il n’y a pas quelque chose comme l’Opinion, mais toujours des opinions, et qui sont porteuses de multiples intĂ©rĂȘts et maniĂšres de narrer ces intĂ©rĂȘts, de multiples affects aussi liĂ©s Ă  ces intĂ©rĂȘts. Les petit rĂ©cits sont de mises en formes spontanĂ©es pour formuler ce qui arrive aux hommes, leurs peurs, leurs espoirs, leur humour, leur incrĂ©dulitĂ©, en un mot leur rĂ©sistance aux pouvoirs et aux propagandes
 le peuple est frondeur, ironique et dans ses malheurs et ses misĂšres, il sait se raconter les moyens de ses luttes, de ses conquĂȘtes, de ses refus et de ses acceptations. Rien n’est fichu de ce cĂŽtĂ©-lĂ , contrairement Ă  ce que pense le plus souvent une partie de l’élite intellectuelle et artistique.
À la rĂ©serve prĂšs, que ce champ d’immanence doxique ne soit pas lui-mĂȘme « essentialisĂ© », idĂ©alisĂ©. Les hĂ©tĂ©rogenĂšses dont il est l’expression et l’exprimĂ© couvrent en effet un large spectre qui va de la sagesse Ă  la bĂȘtise des foules, de l’introduction de diffĂ©rences dans la rĂ©pĂ©tition, Ă  la rĂ©pĂ©tition bĂȘte et mortifĂšre, de la propagation des puissances psychiques dĂ©liĂ©es Ă  celle des puissances psychiques assujetties.
Cette prolifĂ©ration actuelle des formes courtes est en effet particuliĂšrement riche pour qui s’intĂ©resse Ă  la mĂ©tastabilitĂ© politique des collectifs, pour qui s’intĂ©resse au maintien de cette mĂ©tastabilitĂ©. Elles jouent aussi un rĂŽle important dans le domaine de la circulation des savoirs, de la circulation des modĂšles, au cƓur des processus cognitifs.
Formes courtes et micro-rĂ©cits prĂ©sentent plusieurs caractĂ©ristiques, ou fonctions qu’il n’est pas inutile de rappeler. D’une maniĂšre gĂ©nĂ©rale, elles se dĂ©finissent tout d’abord par la « clĂŽture ». ClĂŽture qui implique que la forme est toujours locale, rĂ©pondant Ă  ou visant un Ă©tat ou une fonction toujours singulier. Cette clĂŽture est toutefois relative et ne marque nullement la fin des processus soit d’interprĂ©tation, soit de connection soit de transformation dans laquelle elle est prise, reprise ou crĂ©Ă©e. Elles peuvent ĂȘtre stables dans la rĂ©pĂ©tition, elles peuvent ĂȘtre aussi labiles et ce de plusieurs maniĂšres. Elles jouent encore un rĂŽle trĂšs important dans la propagation des puissances psychiques et des formes (visuelles, sonores
) et des Ă©nergies sĂ©miotiques. Elles sont le siĂšge de percolations puissantes
 et ouvrent Ă  ce que l’on pourrait appeler des « formations ouvertes ». Elles ont encore une dimension subversive, une instabilitĂ© source d’inquiĂ©tude pour les pouvoirs.
Mais elles peuvent aussi ĂȘtre couplĂ©es Ă  la saturation des sĂ©miotiques comme moyen de pouvoir ou de contrĂŽle
 Ă  la saturation des temps en assurant la « suture » toujours prĂ©caire des moments, des instants, saturation qu’assurent le commentaire, le travail incessant de commentaire. Tel est le cas des formes courtes des mĂ©dias journalistiques. Elles sont Ă  cet Ă©gard exemplaires. L’incessant et presque pathologique travail de commentaire peut ĂȘtre vu lĂ  comme une sorte d’occupation coloniale de l’esprit, de l’attention, par privation de lignes de fuites, par privation de silence, par privation de prise sur les rapports de vitesse et de lenteur comme lieu de la lutte politique. Le silence Ă©tant perçu comme rupture inquiĂ©tante, trou dangereux dans le continuum de l’occupation, mobilisation permanente de la psychĂ©.

Le « différend » et les Formes courtes (J-F. Lyotard)
Au fond, dit J.F. Lyotard « on prĂ©suppose en gĂ©nĂ©ral un langage, un langage naturellement en paix avec lui-mĂȘme, « communicationnel », par exemple agitĂ© seulement par les volontĂ©s, les passions, les intentions des humains. Anthropocentrisme. La rĂ©volution relativiste et quantique en matiĂšre de langage reste Ă  faire. Chaque phrase est en principe l’enjeu d’un diffĂ©rend entre des genres de discours, quel que soit son rĂ©gime.
Car face Ă  cette peur du vide, Ă  l’enjeu toujours renouvelĂ© d’un « diffĂ©rend », la question c’est celle de l’enchaĂźnement. Comment enchaĂźner ? qui accompagne toute phrase, tout micro rĂ©cit et finalement tout rĂ©cit ?
« Et cette question procĂšde du nĂ©ant qui « sĂ©pare » cette phrase de la « suivante ». il y a des diffĂ©rends parce que, ou comme, il y a l’Ereignis. [
] Les genres de discours sont des modes de l’oubli du nĂ©ant ou de l’occurrence, ils comblent le vide entre les phrases. C’est pourtant ce « nĂ©ant » qui ouvre la possibilitĂ© des finalitĂ©s propres aux genres. Si la maniĂšre d’enchaĂźner Ă©tait nĂ©cessaire (comblĂ©e), il n’ y aurait pas plusieurs mondes possibles, aucun vide ne laisserait de place Ă  cette causalitĂ© qui s’exerce de loin, « la causalitĂ© finale »  (3)

Le commentaire insomniaque
Une des tĂąches du commentaire insomniaque est de tenter de mettre sous contrĂŽle les processus de chaotisation qui naissent avec les formes courtes. Tentative vaine puisqu’il y a, dans le travail de saturation par le commentaire, une sorte d’incomplĂ©tude radicale qui ne cesse, au bout du compte, de produire les conditions de son propre dĂ©mantĂšlement. Et on objectera donc, Ă  bon droit, que ce travail de maĂźtrise par la prolifĂ©ration des « commentaires » est aussi une des conditions de l’exercice dĂ©mocratique a minima, est hermĂ©neutique fĂ©brile et inquiĂšte d’une sociĂ©tĂ© ouverte.
Mais cette hermĂ©neutique insomniaque peut toujours se transformer en poison, asphyxiant la possibilitĂ© du libre jeu des processus d’altĂ©ration, du libre jeu des coupures et des ruptures. Du libre jeu enfin dans le changement non ordonnĂ© des cadres de rĂ©fĂ©rences, le libre jeu des devenirs par-delĂ  les oligarchies dominantes des prĂȘtres, des experts, oligarchies adossĂ©es, couplĂ©es souvent Ă  des oligarchies financiĂšres et/ou industrielles, religieuses, scientifiques manoeuvrant au sein des doxas dociles
 En fin de compte pour produire une espĂšce de consomption stĂ©rile.
En tout cas, dans le cadre plus vaste des rĂ©seaux numĂ©riques, les formes courtes accentuent et mettent Ă  vif les dimensions d’évĂ©nement et de hasard inhĂ©rentes Ă  tout discours, Ă  toute forme narrative. Dans le contexte numĂ©rique tel qu’il est creusĂ© par Twitter, ces questions sont pour ainsi dire portĂ©es Ă  incandescence et le trouble de la maĂźtrise se rĂ©pand Ă  tous les niveaux d’échelle et dans les instances molĂ©culaires et molaires. La plupart des travaux menĂ©s sur Twitter l’expriment de maniĂšre claire. On sent bien l’inquiĂ©tude, qu’elle soit en habit de soirĂ©e ou en kaki qui rĂŽde autour de cela et l’on voit une sorte d’érĂ©thisme discursif gĂ©nĂ©ralisĂ© peupler la strate numĂ©rique, se dĂ©velopper et prendre la forme d’une polĂ©mologie des commentaires en abymes et insomniaques, pour des maĂźtrises tantĂŽt souveraines, tantĂŽt incertaines, en tout cas dont la perpĂ©tuation nĂ©cessite beaucoup d’énergies et une intense productivitĂ© sĂ©miotique.
Comme nous l’a indiquĂ© M. Foucault (4) parmi les procĂ©dures de contrĂŽle des discours il y a le commentaire, aujourd’hui accompagnĂ© de la possibilitĂ© d’en Ă©crire la vie, les trajectoires et les altĂ©rations-crĂ©ations, l’insertion dans des agencements spĂ©cifiques.
Dans l’immense bruissement des formes courtes de la strate numĂ©rique, bruissement qui fascine sociolinguistique et linguistique mathĂ©matique, avides de corpus immenses d’oĂč elles pensent faire Ă©merger, grĂące Ă  des algorithmes statistiques et Ă  partir des infinies variations inhĂ©rentes des langues et des Ă©critures, de nouveaux modĂšles menant vers des comprĂ©hensions plus profondes de ces mĂȘmes langues et rĂ©gimes de signes, une des principales difficultĂ©s consiste Ă  faire la part des discours « qui « se disent » au fil des jours et des Ă©changes et qui passent avec l’acte mĂȘme qui les a prononcĂ©s ; et les discours qui sont Ă  l’origine d’un certain nombre d’actes nouveaux de paroles qui les reprennent, les transforment, ou parlent d’eux, bref les discours qui indĂ©finiment, par-delĂ  leur formulation, sont dits, restent dits, et sont encore Ă  dire » (4). Il y a lĂ , Ă  n’en pas douter, une sorte de bataille permanente pour dĂ©celer les fragments et les textualitĂ©s, les textures et les « memes », qui pris dans des agencements spĂ©cifiques, vont pour ainsi dire, ouvrir Ă  une productivitĂ© non-stĂ©rile de commentaires. Comment dĂ©celer la bonne saillance et la bonne prĂ©gnance des commentaires, peut apparaĂźtre aujourd’hui comme une tĂąche essentielle de l’Éducation, dĂšs lors qu’il s’agit bien d’apprendre Ă  lire-Ă©crire dans de tels espaces toujours en voie de saturation, et avec l’aide de nouvelles technologies intellectuelles, tout en respectant et prenant au sĂ©rieux ce que l’on peut nommer les intelligences collectives d’usage, « bottom up » qui se manifestent lĂ  et sont trĂšs diffĂ©renciĂ©es, tantĂŽt de type cognitif, tantĂŽt de type affectif, magique
 ?
La proposition Twitter Ɠuvre donc Ă  une nouvelle pragmatique des rĂ©seaux et les contraintes d’écritures de Twitter introduisent dans le jeu des Ă©critures et des pragmatiques communicationnelles de nouveaux rapports de vitesse et de lenteur, ces contraintes affectant la durĂ©e de vie des agencements communicationnels. Ces nouveaux rapports concernent Ă  la fois les dimensions socio-cognitives, affectives
 mais aussi donc la stabilitĂ© ou mĂ©tastabilitĂ© des communautĂ©s (quelle que soit leur taille).

Twitter comme territoire Markovien
La question des rapports de vitesse et de lenteur est complexe et les modes de communication se font Ă  partir de Twitter, pour une part importante sur un mode non final mais non dĂ©pourvu d’un ordre. De ce point de vue on peut dire que les interactions linguistiques, sĂ©miotiques entre actants de Twitter sont pour une part de type markovien (5) et les Ă©lĂ©ments de ce champ markovien sont eux pour partie a-signifiants, les Ă©critures qui s’y dĂ©ploient sont plutĂŽt « transcursives », c’est-Ă -dire opĂ©rant « Ă  mĂȘme rĂ©el ». La pragmatique communicationnelle y est semi-alĂ©atoire, « un mixte d’alĂ©atoire et de dĂ©pendant qui permet de penser l’ordre sans l’aligner sur une continuitĂ© ni toutefois succomber au dĂ©sordre » (6).
Mais Twitter (en tant qu’il est inclus dans un agencement plus vaste d’écritures et de pragmatiques) est traversant et traversĂ© d’autres territoires, discursifs, narratifs oĂč les Ă©lĂ©ments sont fondamentalement signifiants.
Et en dĂ©pit des contraintes d’écritures, les micro-blocs qui sont en interaction co-existent avec des blocs sĂ©miotiques potentiellement plus denses (sous les conditions par exemple des adresses internet ) introduisent au cƓur de ce type de pragmatique probabilistique ou semi alĂ©atoire, des phĂ©nomĂšnes de ralentissement et de surgissement de procĂšs sĂ©mantiques orientĂ©s par des chaĂźnes signifiantes Ă  forte causalitĂ© et finalitĂ©.
VoilĂ  comment par exemple un contributeur, un journaliste du monde diplomatique perçoit son rapport Ă  Twitter et en dĂ©crit les usages : « J’ai commencĂ© Ă  tweeter il y a environ trois mois. Cela m’a permis de comprendre comment fonctionnaient cet outil et les diffĂ©rents usages que l’on pouvait en faire, certains Ă©tant trĂšs Ă©loignĂ©s de ce qui m’intĂ©resse. Aussi, je ne pense pas donner d’informations sur mes activitĂ©s quotidiennes, ni l’heure de mon rĂ©veil, ni le contenu de mes repas. En revanche, je trouve cet outil utile pour trois raisons : pouvoir faire partager la lecture d’articles ou de textes qui mĂ©ritent d’ĂȘtre diffusĂ©s (pour l’essentiel je me limite au français et Ă  l’anglais) mettre en lumiĂšre des informations peu rĂ©percutĂ©es dans la presse et qui peuvent intĂ©resser parfois le « grand public », parfois seulement les spĂ©cialistes ; informer sur les dĂ©bats auxquels je participe et qui concernent les thĂšmes abordĂ©s dans Nouvelles d’Orient »(7). Les usages de Twitter sont donc Ă  examiner en fonction des agencements d’énonciation et des agencements machiniques dans lesquels ils sont inclus et donc en fonction des rapports diffĂ©rentiels entre les mĂ©moires qui sont convoquĂ©es, les pratiques socio-cognitives qui leur sont attachĂ©es et les types d’interfaces impliquĂ©s.
De ce point de vue la miniaturisation des interfaces et donc la mobilitĂ© de ces derniĂšres sont des processus majeurs, les formes courtes et les pratiques alertes qu’elles permettent et privilĂšgient, portant la charge d’avoir, de maniĂšre distribuĂ©e, Ă  maintenir la mĂ©tastabilitĂ© des collectifs. Elles assurent des fonctions de liaisons, sortes d’embrayeurs temporels et sĂ©miotiques opĂ©rant jusqu’aux strates non-numĂ©riques et de ce fait, en Ă©largissant les possibilitĂ©s de rĂ©glages sur les voisins, concourent Ă  ce que l’on pourrait appeler, une mĂ©tastabilisation « catastrophique » des collectifs, des « vanishing communities » Ă  des ensembles plus stables perdurant selon des temporalitĂ©s longues. Elles jouent donc un rĂŽle dĂ©cisif quant aux processus de synchronisation tout en maintenant ouverts les processus de diachronisation, les possibilitĂ©s des devenirs comme Ă©mission de singularitĂ©s et bifurcations
 ce qui, pour les pouvoirs, hantĂ©s par le contrĂŽle continu des flux et de la rĂ©alitĂ© politique, anthropologique, culturelle, est une double contrainte relativement insupportable.
C’est la raison pour laquelle il y a une sorte d’obsession Twitter, autour de sa puissance qui naĂźt de la zone frontiĂšre, entre les deux procĂšs, entre la propagation des micro-modĂšles, des micro-rĂ©cits et leur altĂ©ration selon des temporalitĂ©s courtes. Zone oĂč les pragmatiques communicationnelles et les diffĂ©rents niveaux de cognition et de subcognition se mĂ©langent et se tressent, se font et se dĂ©font, aux substances d’expression et aux Ă©chelles sĂ©mantiques prĂšs. Zone encore, oĂč s’affrontent les capacitĂ©s Ă  introduire des diffĂ©rences dans la rĂ©pĂ©tition et oĂč les Ă©mergences statistiques du mental travaillent les sĂ©miotiques signifiantes et ouvrent des lignes de dĂ©territorialisation dans les agencements perceptifs, cognitifs, scripturaux etc


Twitter et la question de l’éducation
Comment donc exploiter dans le systĂšme Ă©ducatif, cette fenĂȘtre d’accĂšs singuliĂšre au tremblement, Ă  la vibration cĂ©rĂ©brale, « Ă  ces pensĂ©es les plus belles mais qui sont aussi les plus frĂȘles, les plus vives et les plus dures Ă  attraper » ? Comment faire pour exploiter ces dispositifs communicationnels et ces Ă©critures aux combinatoires de « memes », associĂ©es Ă  l’automatisation de certaines tĂąches socio-cognitives et les introduire, dans des rapports ouverts, dans les apprentissages hĂ©ritĂ©s, dans les apprentissages marquĂ©s par le ralentissement des processus cognitifs
 ? Comment mieux exploiter la contingence, l’indĂ©terminisme des langages, la conditionnalitĂ©, le glissement des descriptions ? À n’en pas douter la question de l’analogie est Ă  nouveau retravaillĂ©e, de mĂȘme que celles de l’abduction ou de la mĂ©taphore. Comment ce dispositif dĂ©diĂ© aux formes courtes, aux micro-rĂ©cits influe sur la puissance analogique, sur la capacitĂ©, par exemple, de faire glisser les composants abstraits d’une description d’un domaine vers un autre ? Comment affecte-t-il le caractĂšre central de la glissabilitĂ©, pour suivre ici Douglas Hofstadter (8) ?

Au niveau individuel et collectif, des « vanishing communities » aux collectifs stabilisĂ©s et soudĂ©s d’actants, des agrĂ©gats les plus hĂ©tĂ©rogĂšnes aux agrĂ©gats les plus homogĂšnes, quel est l’impact sur l’établissement de connexions « qui se font par la bande, sans rien devoir Ă  la causalitĂ© », connexions qui « sont tout aussi essentielles en ce qu’elles nous permettent de situer les faits dans une perspective – de comparer ce qui existe rĂ©ellement avec ce qui, selon notre maniĂšre d’envisager les choses, aurait pu se produire ou qui pourrait mĂȘme bien arriver » (9) ?

Références
(1)    Knoespel, Kenneth J. “L`Ecriture, le chaos et la demystification des mathematiques, Cambridge: The MIT Press, 1995, Vol.28:1, 26.
(2)    Mengue P, Utopies et devenirs deleuziens, Éd. L’Harmattan 2009.
(3)     J.-F. Lyotard, Le différend, Les éditions de Minuit, Collection « Critique », 1984 §188.
(4)    Michel Foucault, L’ordre du discours, Edition Gallimard, 1971.
(5) On sait que Markov a Ă©tudiĂ© les phĂ©nomĂšnes alĂ©atoires partiellement dĂ©pendants. On sait que Markov a Ă©tudiĂ© les phĂ©nomĂšnes alĂ©atoires partiellement dĂ©pendants. Il a Ă©tĂ©, au dĂ©but du siĂšcle,un des prĂ©curseurs de la thĂ©orie de l’information. Comme mathĂ©maticien et linguiste, Markov, a Ă©crit une sĂ©rie d’articles de calcul des probabilitĂ©s
formalisant ses modĂšles de «probabilitĂ©s en chaĂźnes» que l’on appelle maintenant «chaĂźnes de Markov». Ces modĂšles proposaient de formaliser les relations existant entre les probabilitĂ©s de transition, permettant de prendre en compte un ou plusieurs Ă©tats antĂ©rieurs du systĂšme considĂ©rĂ©. Pour aller Ă  l’essentiel, ces processus caractĂ©risent des systĂšmes, des dispositifs dont l’état probable dĂ©pend de l’état immĂ©diatement antĂ©rieur mais non du passĂ© en gĂ©nĂ©ral. Dans le cadre linguistique, c’est le cas des mots qui se succĂšdent dans une phrase et dont la probabilitĂ© d’apparition dĂ©pend de maniĂšre forte des mots qui les prĂ©cĂšdent immĂ©diatement, sans dĂ©pendre nĂ©cessairement des premiers mots de la phrase. Gilles Deleuze attachera Ă  ces processus une grande importance.
(6) Gilles Deleuze et Felix Guattari, Anti-ƒdipe, p. 45-46, Paris, Minuit, 1972, et Gilles Deleuze, L’image-temps, Edition de minuit, et Raymond Ruyer, La genùse des formes vivantes,
Edition Flammarion, 1958
7)    Voir l’article plein d’humour de Margaret Atwood, Deeper into the Twungle, The New York York Review of Books, March, 12, 2012
(8)    Hofstadter Douglas, Godel, Escher, Bach, Les brins d’une Guirlande Ă©ternelle, Editions InterĂ©ditions, 1985
(9)Jean-Max Noyer « Connaissance, pensĂ©e, rĂ©seaux Ă  l’heure numĂ©rique », in  Les Cahiers du numĂ©rique 3/2010, Lavoisier

Be Sociable, Share!

Laisser un commentaire

Requis

%d blogueurs aiment cette page :