Complainte pour les algorithmes

Septembre 2016

Jean Max Noyer – Professeur des UniversitĂ©s – RĂ©seau Grico

Working Paper

Dans ce papier nous souhaitons attirer l’attention sur l’intérêt qu’il y aurait à porter la question de l’innovation au coeur des technologies intellectuelles et logicielles dans le cadre de la transformation anthropotechnique et politique en cours. En rappelant très brièvement le profond mouvement algorithmique des sciences (mais on pourrait aussi bien évoquer les arts et leurs morphogenèses) y compris les SHS qui sont de plus en plus à la traversée de la montée des empiries numériques et de l’extension des necéssités algorithmiques, nous essaierons de plaider pour une vaste dissemination de noo-machines et des algorithmes attachés, dissemination moléculaire comme contre-pouvoirs aux grands ensembles molaires du data mining et à ses centres de production.
Algorithmes, Algorithmes!

Dés le début des années 80, chacun à sa manière, J.F. Lyotard et F.Laruelle avaient mis en évidence les effets du mouvement en cours de numérisation qui se manifestait alors par la montée en puissance des grandes bases de données, sur les modes de production, de circulation des savoirs. Mais dès le début des années 60, de nouvelles manières de travailler dans un certain nombre de champs, d’exploiter les données numériques (dans le sens le plus extensif…à savoir “memes numériques”) en utilisant des algorithmes se sont développées rapidement.
L’avènement de l’internet comme strate anthropologique a précipité l’explosion des empiries numériques. Et c’est peu de dire que la totalité des sciences (de façon différenciée) est, à présent à la traversée des nouvelles technologies intellectuelles et des nouvelles hétérogenèses qu’elles suscitent, aussi bien du côté des méthodes que des pratiques théoriques voire de la capacité “à remonter vers les problèmes” c’est-à-dire, à porter la question de l’innovation au coeur même des problèmes et de la théorie, n’en déplaisent aux corrélationnistes primitifs ou évolués.

Il sont, nous semble-il, déjà bien entamés les temps où les SHS, pouvaient être encore interloquées par l’arrivée des bases de données, des traitements automatiques de corpus divers et variés dans l’arsenal de leurs méthodologies et au coeur de leurs pratiques. Ils sont encore bien entamés ces temps où les regards critiques dénonçaient, dans la confusion la plus grande quant à la productivité des écritures dans le cadre du “medium algorithmique”, ces êtres étranges et dangereux venue d’une contrée noire, obscure, constituée de deux régions inhospitalières, Algorithmie et Automaticité ou Automation!
Ils sont bien entamés ces temps où des fonctionnaires en SHS, s’élevaient contre les nouvelles écritures, les nouveaux régimes sémiotiques, leurs nouvelles contraintes combinatoires et modes de transmission collectives, sociales de ces contraintes.
Des écologies socio-cognitives pourtant se mettaient en place, des grammaires différenciées et hiérarchiquement (quoique relativement et de manière instable) enchevêtrées, modelaient de nouveaux régimes d’énonciation, des traces de plus en plus différenciées étaient produites par la pratique de cérébralités en individuations psychiques et collective complexes; mais la persistence de cérébralités réactives à ne pas vouloir se mettre en situation de penser les nouvelles technologies intellectuelles dans “leur pleine et entière positivité” restait forte, et l’entêtement des “pensées contre ou de la perte” puissant.

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